mardi 4 mai 2010

Marvel Zombies

Voilà une oeuvre qui a doublemen, voire même triplement sa place ici: Un comics sur des zombies!

Ce n’est pas la première fois que les morts-vivants font leur cinéma en bande dessinée, et avec le regain d’intérêt qu’ont suscité les films d’infectés tels que « 28 jours plus tard » et sa suite, ils ont même eu droit à leur propre série « walking dead ». Du côté des super héros, Batman les a croisés dans « Ra’s Al Ghul Year One », et chez Marvel, ce sont les ultimate fantastic four qui y ont été les premiers confrontés.


Mais l’originalité de la mini-série de Kirkamn et Phillips est de faire des plus grands héros de la maison des idées des zombies. Il ya quelque chose d’insolite et de jouissif à voir Spiderman dévorer son épouse et sa tante May. Ne rechignant jamais à montrer les sanglants détails de cet odyssée morbide, la collection bénéficie d’ailleurs en France du signal « pour lecteurs avertis ».

Destinée à n’être qu’une mini-série, l’histoire a connu un tel succès que des suites ont rapidement vu le jour. Et contrairement à ce que son titre laisse entendre, « Marvel Zombies 1 » n’est pas le commencement, et ce indépendamment du lien de parenté avec « Ultimate Fantastic Four ». C’est cette maltraitance de la chronologie qui va nous faire aborder « Marvel Zombie » 1 et 2 mais aussi « Marvel Zombies vs Army Of Darkness » dans une seule et même chronique.


Ce crossover verra le glas de cette réalité alternative de l’univers Marvel. Tout commence lorsque Ash, le héros de la saga « Evil Dead » de Sam Raimi, incarné à l’écran par l’inoubliable Bruce Campbell, arrive chez nos héros par une brèche dimensionnelle. Commercial chez « prixbas », où les prix sont bas, notre homme a l’habitude de dessouder du mort vivant. Cette histoire débute avant le prologue à « Marvel Zombies 1 », puis se déroule en parallèle.

En effet, pendant que Ash tente de survivre auprès de Dazzler et s’enfuit jusqu’en Latvérie, les rares héros non infectés tentent d’ouvrir un passage vers une autre dimension dans le prologue, ce qui nous conduit directement à « Marvel Zombies 1 ». « Marvel Zombies 2 » se déroule 40 ans après cet opus, mais suit les mêmes personnages, car contrairement à la plupart des morts vivants, les zombies de chez Marvel n’ont pas une existence réduite, ce qui pose la question de leur processus de décomposition, même en tenant compte de leurs prothèses synthétiques et de leurs pouvoirs cosmiques (on pensera notamment à Œil de Faucon, qui tout en ne bénéficiant d’aucune de ces caractéristiques n’est toujours pas décomposé après des décennies sous des décombres.).


Si le crossover mettant Ash en vedette déçoit par son manque de folie et ses dessins inégaux, les travaux du tandem Kirkman/Phillips sont en revanche excellents. C’est sans surprise qu’on retrouve Spiderman et Wolverine dans les des rôles de premier plan, ainsi qu’une partie des vengeurs et Hulk. Mais on a également le plaisir de voir la panthère noire sur le devant de la scène. Daredevil est également assez présent et plutôt bien exploité, même si n’a jamais assez d’homme sans peur.

L’une des bonnes surprises est la qualité de l’écriture. Les personnages sont tout à fait en phase avec leur traitement habituel, ce qui rend leur transformation crédible. Le traitement 2nd degré est tout à fait approprié, et le décalage entre l’univers utopiste des supers héros et l’horreur d’un monde peuplé de zombies est hilarant. L’action est très présente, mais n’empêche jamais l’intrigue d’avancer, et les dialogues, nombreux, sont soignés et très drôles. A ce titre, les interventions de Hulk constituent un point fort indéniable.

Les luttes intestines (au propre comme au figuré) rappellent « Civil War » sans les enjeux émotionnels, ce qui permet des retournements de situation jubilatoires. Peu de scènes d’anthropophagies, mais des massacres de zombies en pagaille, très graphiques, qui combleront largement l’amateur de gore.

Marvel Zombies transpose le mythe du mort vivant de façon aussi libre qu’hilarante. Ames sensibles, s’abstenir !

dimanche 2 mai 2010

Kick Ass

Démarrée en 2008 par le tandem Mark Millar/John Romita Jr, la série Kick ass a vu son dernier épisode publié aux usa il y a peine 2 mois, le tournage s’est donc fait en parallèle de l’écriture du scénario, ce qui devient évident lors du final, dont Millar avait expliqué les grandes lignes à l’équipe du film, pour un résultat sensiblement différent.


Le film étant une adaptation très proche du comics, cette chronique abordera les deux médias en parallèles, puisque quelques différences méritent le débat. Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire : Dave Lizewski est un adolescent lambda. C’est même un nerd, avec toutes les caractéristiques auxquelles on s’attend : les lunettes, les hobbies de geek, l’intellect, et le manque de succès en général, auprès des filles en particulier. Katia, la fille qu’il aime, ne lui prête d’ailleurs pas le moindre regard. Fatigué de cette existence, et désireux d’être utile dans une société individualiste, il s’achète un costume sur Ebay qui va faire de lui un super-héros. C’est du moins ce qu’il espérait.

Ce postulat de départ laisse augurer une œuvre au second degré assumé, et la promotion du film s’est faite sur l’humour très présent et le style parodique. La bande dessinée est très graphique, à tel point que le gore peut parfois mettre mal à l’aise, tout comme certaines scènes de torture franchement écœurantes. On pense notamment à des testicules soumises à l’électricité, et aux têtes explosées à bout portant par des tirs de fusil à pompe. Les moments les plus extrêmes ont été largement édulcorés dans le film, et il n’y a que peu d’effusions de sang.


L’ensemble reste malgré tout violent, et le film a été classé R aux Etats-Unis, ce qui le prive d’un public jeune pourtant ciblé par les nombreuses références. En France, aucune interdiction n’a été prononcée, ce qui n’a pas manqué de décontenancer certains parents qui y voient l’apologie de la violence gratuite, et l’incarnation du démon en film, comme on peut le lire sur certains forums. Bien que la revendication d’une classification adaptée au contenu du film soit légitime, ces propos restent la preuve d’un manque de compréhension ahurissant.

Loin de prôner l’auto-justice, l’œuvre de Millar et Romita remet au contraire en perspective les dérives d’un monde où on laisse les jeunes fantasmer sur une existence faite de gloire et d’héroïsme, alors que la réalité est sale, que le monde est violent, et que les gens sont individualistes. C’est cette opposition entre l’univers romancé des supers héros et la vulgarité de la réalité qui rend l’œuvre aussi pertinente que percutante. A ce titre, on regrettera par contre le remaniement des origines de Big Daddy, le personnage incarné par Nicolas Cage. A noter que ce passage stdesinéa Joh Romita Jr, dessinaeur du comics. Complexe et pathétique dans le comics, il n’est plus qu’une caricature aux motivations aussi classiques que décevantes. Alors que les enjeux de ce personnage s’inscrivaient tout à fait dans le discours général de l’histoire, et appuyaient fortement le caractère insensé d’une telle quête, son traitement dans le film supprime presque complètement cette critique du refus de se confronter à la réalité.


Ce n’est pas tout à fait le cas, grâce à l’une des scènes les plus sérieuses du film, dans laquelle nos héros sont aux mains des mafiosos qu’ils pourchassent. Toute l’horreur de la situation vient du fait que les vrais criminels ne font pas dans le spectacle bon marché, mais qu’ils sont là pour tuer, même si leur mise en scène est plus théâtrale que dans la bande dessinée.

La violence est donc omniprésente, même si édulcorée, sans que cela ne nuise à un message clair sans être trop démonstratif. Difficile de s’expliquer dans ces conditions l’emploi de termes tels que « violence gratuite ». L’humour n’est cependant jamais mis de côté, tout comme l’aspect ultra-référencé de l’œuvre. A ce titre, la bande originale est excellente. L’emploi des thèmes principaux de « Pour une poignée de dollars » ou de « 28 jours plus tard » s’inscrit tout à fait dans le 2nd degré du film, et les musiques composées pour l’occasion possèdent une énergie qui s’accorde tout à fait au montage très (trop ?) dynamique.


Les scènes d’action sont chorégraphiées par Bradley James Allan. Le Brad Allan qui affrontait Jackie Chan dans « Gorgeous » (« Jackie Chan à Hong Kong » en France, titre ridicule s’il en est). Le Brad Allan cascadeur, à qui l’on doit également les combats de « Hellboy 2 ». Loin d’être amateur, il nous livre des combats brutaux et bondissants, rapides, et prenant en compte les qualités de chaque personnage : Kick Ass est brouillon et tape comme il peut, ratant souvent ses ennemis, Big Daddy est une brute qui ne gâche ni ses coups, ni ses munitions, et Hit Girl est une petite psychotique, complètement hystérique. Les affrontements ne manquent pas de punch, et si dans l’ensemble, la mise en image est lisible, le montage trop découpé ne permet pas toujours d’apprécier les affrontements à leur juste valeur. Les scènes d’action sont en tout cas très satisfaisantes, et leur nombre offre un rythme enlevé, sans qu’on frôle l’overdose. L’ennui n’est de toutes manières jamais au rendez-vous.


Le casting s’en donne à cœur joie, et il faut avouer que tout le monde livre un travail exemplaire. Tout en étant fan de John Romita Jr, j’ai eu du mal à m’accrocher à son Dave, plutôt tête à claques. Aaron Johnson est par contre excellent. Nerd dans toute sa splendeur, maladroit et loin d’être héroïque, il campe un Kick Ass très sympathique, auquel on s’attache sans mal. Nicolas Cage est un Big Daddy bien plus charismatique que dans le comics, son costume calqué sur celui de Batman et ses intonations directement reprises d’Adam West dans le show « Batman » des années 60 y étant pour quelque chose. Mark Strong incarne un adversaire bien plus marquant que dans « Sherlock Holmes », mais c’est surtout Chloe Moretz qui remporte l’adhésion avec son interprétation folle de Hit Girl.


Adaptation aussi proche que réussie, « Kick Ass » est un divertissement intelligent et bien écrit, rythmé et drôle, et les quelques changements opérés fonctionnent plutôt bien dans l’ensemble. L’équipe du film se montre plus tendre avec le héros que l’équipe du comics, qui ne lui laisse aucun répit, cependant, même si on a droit à un happy end, tout ne finit pas bien, loin de là, et les retournements de situation sont plutôt bien amenés. La chronologie n’est pas identique, certains noms sont changés, mais l’esprit est là. Si vous avez aimé le comics, vous aimerez le film. Et si vous n’avez pas lu la bd, mais que vous aimez les supers héros barrés, vous aimerez aussi.

vendredi 30 avril 2010

Powerless - Le pouvoi des rêves

Et si nos super-héros préférés n’avaient jamais bénéficié de ce qui a fait d’eux des surhommes ? Si Peter Parker n’avait pas eu de sens d’araignée et de réflexes spectaculaires ? Si Matt Murdock n’avait eu ni sens radar, ni sens surdéveloppés ? Si Wolverine n’avait pas de facteur auto-guérisseur ni de griffes intégrées à son corps ?
Ce sont toutes ces questions et bien plus encore auxquelles « Powerless » (« Le Pouvoir des rêves » en français) se propose de répondre.
Un héros est-il un héros parce qu’il a des supers pouvoirs, ou est-ce que l’héroïsme est en lui ? C’est à travers les yeux d’un psychologue sortant du coma, le docteur Watts, que l’on va suivre les destins de nos protagonistes.


Peter Parker est un élève brillant dont le bras a pourri suite à la morsure d’une araignée radioactive. En stage dans les industries Stark, il se voit mis dans la confidence d’un projet confidentiel par Tony Stark lui-même : l’armure d’Iron Man, un projet mené pour le gouvernement. Cette connaissance va attiser l’intérêt d’un autre industriel, Norman Osborn.

Logan est un assassin. Enfin, il n’en est pas sûr. Souffrant de troubles de mémoire, il va tenter, avec l’aide du docteur Watts de découvrir s’il est un meurtrier ou un bouc émissaire, tout en luttant contre des tueurs sans merci.

Matt Murdock, avocat au barreau, et victime de cécité, défend Frank Castle, accusé d’avoir assassiné le meurtrier de sa famille. L’affaire semble impliquer Wilson Fisk, un riche homme d’affaires ; et bien vite, l’avocat et ses proches vont faire l’objet de pressions importantes.

Les intrigues se déroulent en parallèle, sans qu’aucune ne soit jamais privilégiée au détriment des autres. Et si chaque histoire est différente, elles ont des caractéristiques communes. Les auteurs ont parfaitement saisi la substance de chaque personnage, et, tout en se les appropriant, les écrivent dans le respect de leur identité.

Le suspense est omniprésent, les issues sont incertaines, et il est difficile de lâcher le livre avant le mot « fin ». « Powerless » est un festival d’émotions, qui fait sourire, coupe le souffle, rassure, et se montre réellement poignant. Les dialogues sont très bien écrits sans être trop descriptifs. La maturité de l’écriture se ressent par l’émotion véhiculée sans que les mots soient toujours nécessaires.


On sent que les auteurs aiment leurs héros, même s’ils n’ont pas peur de les faire souffrir. Mais la grande force du récit est de ne pas être qu’une adaptation d’histoires existantes dans lesquelles on verrait les héros sans pouvoirs. Les situations sont originales, tout en respectant les relations entre les différents personnages.

Voir un Norman Osborn sans costume terroriser un jeune Peter Parker stagiaire fait froid dans le dos. Assister aux tentatives d’intimidation d’un Wilson Fisk plus déterminé que jamais a faire abandonner un avocat aveugle met encore plus mal à l’aise. Le twist final, bien loin de n’être qu’un clin d’œil aux fans, remet en perspective l’ensemble du récit. Les dessins de Michael Gaydos sont la cerise sur le gâteau, et son style très particulier achève d’apporter la part d’humanité indispensable à nos héros. Une histoire de fans, faite pour les fans, bourrée de qualité et tout simplement incontournable !

jeudi 29 avril 2010

Daredevil - Redemption

« Cte histoire se passe dans un petit patelin. Le genre de coin où tout le monde se connaît et tout se sait. Le genre Twin Peaks, où tout le monde a quelque chose à cacher. Et les secrets qui vont nous être révélés n’ont rien de mignon. De quoi faire hérisser vos poils. Meurtre d’enfant, ni plus, ni moins…


Voilà de quoi on accuse un jeune sataniste à la réputation pas vraiment enviable. Rapport à ses parents. Père absent, mère obèse qui ne sort plus de chez elle depuis des années…. Une famille dont tout le monde cause mais personne ne parle. Pas étonnant que le gosse ait mal tourné et ait fini par craquer.

Et cet avocat qui vient de la ville… ce Murdock. Costume à 1000 dollars et petit accent qui ne trompe pas. En voilà un qui attend du « monsieur ». Un avocat aveugle. On aura tout vu si vous me permettez l’expression. On n’aime pas trop les gars dans son genre par chez nous. Ceux qui fourrent leur nez là où ils devraient pas et qui croient pouvoir nous en apprendre.

Ce rouquin s’est mis en tête que le sataniste était innocent. Que le père du gosse assassiné aurait fait le coup. Tu m’en diras tant. Et la poupée blonde qui l’accompagne a l’air au moins aussi déterminée. Mais le pire, c’est ces histoires de type en collants rouges qui se ballade sur les toits la nuit. Cet endroit est en train de devenir un enfer, et tant que le gosse aura pas payé pour son crime, les choses sont pas prêt de s’arrêter. »

Voilà une histoire datant de 2005 que Panini n’a, de façon scandaleuse, pas jugée digne d’être publiée pour les lecteurs français. On peut s’interroger sur la pertinence de cette politique éditoriale quand on sait que le très moyen « Battling Jack Murdock » a été traduit dans la langue de Guillaume « Porteras-tu un pull sur l’épaule » Musso.

Raconté sous forme de flashback, l’histoire se déroule en parallèle du run de Bendis, puis 5 ans avant. L’originalité de « Redemption » est de ne pas être un récit de super-héros. Le titre « Mat Murdock Redemption » serait d’ailleurs plus approprié, puisque c’est l’avocat qui va tenter de venir en aide à quelqu’un. Portée par les dessins d’un Michael Gaydos en grande forme, l’intrigue est plutôt contemplative.

Loin des affrontements violents contre un Bullseye ou les combats de volonté contre le Caïd, « Daredevil Rédemption » est un drame humain, qui nous rappelle la mesquinerie humaine. L’identité du tueur n’est pas trop un mystère et ne constitue pas l’intérêt principal de l’intrigue.


C’est le poids des représentations sociales et le manque de compassion qui parsèment le chemin de la rédemption qui interpellent. Peu présent, Daredevil le héros ne résout jamais rien. Ses apparitions créent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.

Le ton résolument réaliste de l’ensemble rend le drame qui se joue réellement poignant. L’écriture est de grande qualité, et même si « Daredevil Rédemption » n’est pas d’une importance considérable dans la continuité des aventures du héros cornu, sa lecture est vivement conseillée aux fans.

mercredi 21 avril 2010

Zombie Honeymoon

Voilà un film qui peut laisser perplexe, au moins dans un premier temps. La jaquette semble présenter le film comme une sorte de comédie, avec cette jeune femme souriante, dans les bras de son petit ami mort vivant plutôt décontracté.


Et lorsque le film commence, l’ambiance est effectivement plutôt légère. On constate également rapidement le manque de moyens : très peu de décors, des acteurs qui se comptent sur les doigts d’une main. Et pourtant, jamais le film ne donne l’impression d’être un de ces films réservés au marché du dvd uniquement, vite emballés.

La passion de l’ensemble de l’équipe est palpable du début à la fin. Le réalisateur, qui signe également le scénario, a eu à cœur de livrer une histoire bien écrite, avec des personnages loin des caricatures habituelles, auxquels on s’attache parce qu’ils sont humains. « Zombie Honeymoon » n’est par contre pas du tout une comédie. Au contraire, il s’agit d’un drame poignant.


Finalement, il ne s’agit de rien d’autre que du combat d’un couple contre la maladie. Comment continuer à aimer l’autre et à l’aider quand on le voit s’éteindre tout doucement, en particulier dans le cas de notre jeune couple fraîchement marié, avec ce jeune Apollon qui devient lentement mais sûrement un morceau de chair en putréfaction ? Ce traitement peu commun du film de zombie, aussi bien traité soit-il, n’est pourtant pas inédit. On pense en particulier à « Moi, Zombie, chroniques de la douleur », qui voyait un jeune homme mourir de sa transformation en zombie, mais aussi au « mort vivant », film de 1974 qui voit un vétéran du vietnam retourner chez sa famille (il était ici question de l’acceptation de la mort).
Néanmoins, les partis pris audacieux du film en font une réussite, une œuvre attachante, dont l’issue inéluctable est tout simplement poignante. Les deux acteurs principaux livrent des compositions plus vraies que nature, sans jamais tomber dans le pathos de supermarché. Les dialogues sonnent justes, et les situations sont crédibles… si l’on estime qu’un jeune marié mordu par un zombie est une situation acceptable bien entendu.

Sans être une série B sanglante, puisque hormis le mort vivant catalyseur, notre héros sera le seul zombie, « Zombie Honeymoon » comporte quelques scènes sanglantes aux maquillages très réussis. On est donc en présence d’un véritable film d’horreur, qui va provoquer l’effroi par la résonance que certaines situations peuvent avoir dans le monde réel, mais aussi par l’aspect tragique de la situation du héros, qui tente tant qu’il le peut de lutter contre sa maladie, et ne craint qu’une chose : dévorer ceux qu’il aime sans pouvoir s’en empêcher.


Mais c’est l’actrice qui campe la jeune épouse qui porte tout le film sur ses épaules. Interprétant une femme féminine, forte et déterminée, elle est le personnage le plus émouvant du film, épaulant son compagnon jusqu’au bout, tentant par tous les moyens de le protéger, et l’accompagnant jusqu’au dernier moment. La conclusion tragique achève de faire de ce personnage un être touchant.

« Zombie Honeymoon » est un excellent film, très bien écrit, réalisé et interprété avec beaucoup de cœur et d’intelligence. Même les spectateurs allergiques aux morts vivants devraient y trouver leur compte.


lundi 19 avril 2010

Blood Creek

Schumacher… quand on évoque ce nom, une partie de la population pense à de jolies coupes dorées, à des couleurs vives qui défilent sur l’écran à toute allure, à des courses de formule 1 en somme. D’autres pensent à cette scène du « phantom of the opera » dans laquelle une troupe chante l’inoubliable « masquerade » avant d’être interrompue par Gerard Butler. On peut également aborder le « numéro 23 » qui voyait Jim Carrey évoluer dans un univers de polar trouble et suresthétisé. Mais pour un grand nombre de personnes, et je suis prêt à parier que c’est le cas de la plupart des personnes qui viennent sur ce blog, le nom de Joël Schumacher évoque les terribles « Batman Forever » et « Batman et Robin » (qui seront prochainement chroniqué, et sachez d’ores et déjà que j’aime ces films).


De fait, chaque nouveau film du réalisateur est l’objet de moquerie voire d’insultes avant même que quiconque n’ait pu le voir. Il y a fort à parier qu’un grand nombre de spectateurs n’ont pas pardonné au réalisateur sa vision du super héros préféré de la terre entière.
« Blood Creek » semble ne pas échapper à ce syndrome, et tout en étant relativement peu connu, est l’objet de critiques assassines.

Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’un film de zombies, et que certaines créatures puissent faire l’objet d’un débat, il est indéniable que des morts vivants apparaissent dans le film, ce qui justifie cette chronique.

Débutant par une introduction se déroulant en pleine hystérie Hitlérienne, avant la seconde guerre mondiale, l’intrigue se déroule de nos jours, et peut presque être considérée comme un huis clos. La structure du récit fait souvent penser au « Martyrs » de Pascal Laugier, les premières scènes étant d’ailleurs assez proches. Mais là où le film français souffrait d’un découpage trop marquée entre ses différentes parties, d’une intention de choquer trop évidente, et d’un scénario bien moins malin qu’on voulait nous le faire croire, le film de Schumacher, plus classique, s’appuie sur des bases solides.


L’intrigue suit une évolution logique, et le rythme est tout simplement hallucinant. Sans être bourré d’action « Blood Creek » ne laisse jamais la tension redescendre, les personnages sont survoltés, et les acteurs passent leur temps à courir. Mais bien que l’unité de lieu soit quasiment unique, il n’est pas question de faire du sur place, et les révélations vont êtres assenées de façon à ce que l’attention du spectateur soit toujours optimale. La mise en scène est énergique et parvient à ménager un suspense continu, tout en offrant une vision d’ensemble des situations. Les scènes d’action sont nerveuses et lisibles, la photographie maîtrisée, bref, techniquement le faible budget ne se ressent pas du tout.


Le crâne rasé de Dominic Purcell n’est certainement pas anodin, et on sent la volonté de rappeler au public qu’on est face à Mr Prison Break, faute de pouvoir s’offrir une star au palmarès plus important (même si l’acteur est loin d’avoir commencé avec cette série). Au même titre que le reste du casting, il se révèle convainquant, même si on retiendra davantage la prestation de Michael Fassbender (acteur britannique qui monte, qu’on a vu récemment dans « Eden Lake » et qu’on retrouvera dans le nouveau survival de Neil Marshall).

Incarnant le démon à l’état pur, l’acteur est effrayant, et le parti pris de le traiter comme le boss de fin d’un jeu vidéo est particulièrement réussi. Sa seconde apparition est réellement impressionnante, la menace qu’il est représente est continuellement palpable, et rappelle les créatures indestructibles de jeux vidéos cultes, comme le nemesis de « Resident Evil » ou le dahaka de « Prince of persia – warrior within ». On regrettera de ne pas connaître clairement l’étendue de ses pouvoirs, mais sa capacité à ranimer les morts pour en faire ses pantins rappelle les premières formes de vaudou à l’origine de l’apparition des zombies.


Difficile en revanche de déterminer si lui-même est un zombie, un vampire, une goule… personnellement je ne pense pas qu’il soit un mort vivant, car il n’est jamais évoqué un décès potentiel. Mais le débat reste ouvert !

« Blood Creek » est une excellente petite surprise, prenante pendant 1h30, très bien réalisée et interprétée, bénéficiant d’une véritable histoire et d’effets spéciaux globalement réussis. A découvrir !

jeudi 15 avril 2010

White zombie

Datant de 1932 et rentré dans le domaine public (au même titre que « night of the living dead »), « White Zombie » a la réputation d’être le premier film de zombies. On considère parfois « le cabinet du docteur caligari » comme le précurseur, mais il s’agit d’un somnambule manipulé, et non d’un mort vivant. « White Zombie » est en tout cas le premier document parlant où le terme apparaît.


Le film s’inspire du livre “magic island”, publié en 1929 par William Seabrook, un reporter intéressé par le cannibalisme (il a lui-même goûté de la viande humaine) et les sciences occultes comme le satanisme et le vaudou. L’ouvrage raconte son voyage à Haïti et sa découverte du vaudou, en particulier de l’ensorcellement consistant à ramener les morts à la vie, afin de les faire travailler. C’est également dans ce livre qu’on trouve pour la première fois le mot zombie en anglais. On y apprend d’ailleurs l’origine du mot, qui dérive du créole “Nzambi” qui est le nom d’un dieu. C’est un peu le dieu des dieux, le premier a avoir existé, personne n’est au dessus de lui, et il est omnipotent. Ses yeux ressemblent à ceux d’un homme mort, fixant le vague, avec une espèce de voile flou devant la pupille

Pour Seabrook, les morts vivants n’étaient autres que des malades mentaux ou des gens drogués, et les sorciers, ou plutôt prêtres vaudous (appelés « bocor ») profitaient de leur instabilité pour les manipuler. Le livre fut d’abord adapté au théâtre par Kenneth Webb, sous le titre « Zombie ». Contrairement à « White Zombie », ce fut un échec public, et le metteur en scène ne tarda pas à attaquer l’équipe du film pour plagiat, espérant rentrer dans ses frais.


Durant à peine plus d’une heure, « White Zombie » est au film de zombie ce que « Nosferatu » est au film de vampire (même si on estime que « Nosferatu » n’est pas le tout premier film de vampire, contrairement à la croyance populaire), et pose les bases des morts vivants tels qu’on les connaît. Et même si l’héritage vaudou a presque disparu (la plupart des films trouvent d’autres causes, même si Wes Craven s’est à nouveau penché sur la question en 1988 dans « the serpent and the rainbow » ou « l’emprise des ténèbres » en vf), on retrouve de nombreuses caractéristiques dans les films récents. En effet, même si l’heure est plus aux infectés véloces et sprinteurs, on trouve encore des films où les zombies se déplacent très lentement (une caractéristique tournée efficacement en dérision dans « Shaun of The dead ») et tous ont le regard livide.

On s’étonnera de ne pas voir nos zombies décharnés, au contraire, leur peau paraît brillante, même si on peut difficilement en juger dans un film en noir et blanc. Les maquillages sont en tout cas très esthétique, et les morts vivants ont une vraie prestance, même si on ne les voit finalement que trop peu. Ils ne représentent en effet pas la plus grande menace, puisqu’ils sont envoûtés par le bocor interprété par l’effrayant Bela Lugosi. L’acteur, que les fans de films d’horreur des années 30, et les fans de Tim Burton (« Ed Wood ») connaissent bien, possède un charisme indéniable, et son regard perçant a dû en effrayer plus d’un à l’époque.


Face à lui, le reste du casting est plutôt fade, mais c’est de toute manière Lugosi l’attraction, comme en témoigne la place de son nom dans le générique. « White Zombie » ne possède ni effusion de sang, ni passage vraiment malsain, mais il est à voir dans le contexte de l’époque, et son atmosphère surréaliste est encore très réussie. On a l’impression d’assister à un mauvais rêve, à la mise en scène surprenante. Si le montage souffre de quelques faux raccords flagrants, on appréciera surtout l’inventivité des effets spéciaux. Ce qui est enfantin aujourd’hui ne l’était pas à l’époque, et les splits screens et fondues témoignes d’une approche innovante remarquable.

Le scénario est globalement assez classique, présentant un triangle amoureux auquel viennent se greffer le bocor et ses morts vivants. L’ambiance s’installe rapidement, avec un climat mystérieux et menaçant dès la présentation de nos personnages qui découvrent des haïtiens enterrant leurs morts en plein milieu d’une route pour éviter qu’on ne les ramène à la vie. Les décors, principalement en intérieur, sont très détaillés et contribuent à l’immersion. Mais le plus intéressant reste l’utilisation des zombies : le bocor se fait une fierté d’être le maître de ses anciens ennemis, et se sert d’eux pour accomplir sa basse besogne. Mais comme dans le livre de Seabrook, c’est avant tout pour servir de main d’œuvre que les morts sont appelés à sortir de leur cercueil.


« White Zombie » a indéniablement vieilli, et possède quelques longueurs. Mais son importance historique est telle qu’il est impensable que les fans de films de zombies ne le regarde pas, surtout qu’on peut le visionner légalement sur youtube, puisqu’il est dans le domaine public, suite à une histoire de droits.