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mardi 15 mars 2011

Detective Dee et le mystère de la flamme fantôme


On peut essayer d’objectiver l’art, et en l’occurrence le cinéma autant qu’on le voudra, en décernant notamment des récompenses prestigieuses, ou encore en attribuant les termes « culte », ou « chef d’œuvre », mais les sensations que l’on ressent lorsqu’on découvre un film sont aussi uniques qu’intimes, et les arguments les plus élaborés ne suffiront jamais à cacher la subjectivité de nos avis. C’est cette façon personnelle d’aborder le cinéma qui donne son sens à la discussion, à l’échange, et qui donne vie à nos passions. C’est pour cette raison que l’évocation d’un nouveau projet de Tsui Hark provoque immanquablement des frissons d’excitation chez certains, quand d’autres s’attarderont plus sur le sujet de l’œuvre que sur les noms qui l’entourent. Or, quand on aborde Detective Dee and The Phantom Flame, il semble regrettable de faire l’impasse sur le riche héritage de cette adaptation, tant les personnes liées à cette production sont d’horizons différents. Un métissage à l’image du réalisateur, dont les origines et les voyages mêlent le Vietnam, les États-Unis d’Amérique et bien sûr l’ex colonie britannique. Cet aspect cosmopolite de l’artiste n’est certainement pas étranger à la réputation de metteur en scène le plus créatif de Hong Kong. En effet, on peut supposer que la volonté de bousculer les genres et de dynamiter les conventions chère à Tsui Hark est liée à ces différentes expériences, qui l’éloignent d’une vision purement traditionnelle de la Chine, même s’il clame constamment son amour pour cette culture. S’étant essayer à presque tous les genres, le réalisateur a connu de grands succès, mais aussi des échecs difficiles, et après avoir connu une renommée qui lui a permis d’être surnommé « le Steven Spielberg de Hong Kong », l’artiste a eu du mal à retrouver son public, comme en témoigne l’accueil de Missing et All About Women. Les fans attendaient donc avec impatience le grand retour de celui qui avait relancé le genre du kung fu pian avec sa prestigieuse saga des Once Upon A Time In China. Et c’est en adaptant une fois encore les exploits d’une figure mythique de l’histoire chinoise que Tsui Hark entend reconquérir son public. Detective Dee, plus connu sous le nom de Juge Ti en France, est ainsi un personnage littéraire inspiré de Di Renjie, haut fonctionnaire sous la dynastie des Tang, ayant vécu de 530 à 600 après JC. Outre ses fonctions de magistrats, il devint, sur la fin de sa carrière, ministre pour l’impératrice Wu. Si le personnage est connu en occident, c’est avant tout grâce à Robert H Van Gulik, diplomate hollandais spécialisé dans la culture chinoise. L’intérêt de ces écrits est de faire découvrir le fonctionnement de la justice chinoise de l’époque, avec un souci de réalisme inouï, tout en rendant la lecture ludique grâce à des enquêtes dans lesquelles les qualités de détective du héros illustrent un esprit brillant. Van Gulik n’est pas le seul auteur a s’être réapproprié le personnage, puisqu’en 2004, Frederic Lenormand romancier maintes fois récompensé, publie Les Nouvelles Enquêtes Du Juge Ti, dans la pure tradition des romans précédents. Si Di Renjie n’a pas le potentiel spectaculaire d’un Wong Fei-Hong, ses qualités les plus prisées étant d’ordre intellectuel, certaines histoires mettent en avant son courage et ses qualités de combattant. A la fin des années 60, le héros a vu ses enquêtes adaptées pour la télévision britannique, sans qu’aucun acteur asiatique ne soit impliqué dans le tournage. Enfin en 1974, le réalisateur Jérémy Paul Kagan a mis en scène un téléfilm, Judge Dee And The Monastery Murders, avec des figures connues comme Mako ou James Hong, et le métisse Kigh Diegh dans le rôle titre.



Contrairement aux œuvres précédentes, le côté classique des enquêtes du juge Ti telles qu’on les connaît et la plongée dans l’administration judiciaire de la Chine des Tang ne sont pas les centres d’intérêt du réalisateur, qui va se débarrasser du contexte en l’espace de quelques secondes, grâce à des inscriptions accompagnant les premiers plans nous confrontant à un mélange de décors réels et d’effets spéciaux compensant un budget certainement insuffisant pour satisfaire l’ambition d’un metteur en scène comme Tsui Hark. Ce procédé n’est pas utilisé à outrance, et si le public n’est jamais dupe, le résultat est bien assez satisfaisant pour qu’on se laisse immerger dans cette époque lointaine à l’atmosphère de légende. Les décors réels sont très réussis et mis en valeur par des drapeaux aux couleurs chatoyantes. Les costumes sont d’une élégance et d’un raffinement qui contrastent avec l’esthétique criarde des wu xia pian de Zhang Yimou. Les différences de ton entre les travaux des deux réalisateurs vont d’ailleurs se faire de plus en plus évidentes au fur et à mesure du récit. Un constat important, tant Hero, House Of Flying Daggers et Curse Of The Golden Flower se sont imposés comme les modèles à imiter de la majorité des wu xia ayant inondé les écrans ces dernières années. Pourtant, on s’étonne dans un premier temps, de découvrir la caméra de Tsui Hark se permettre des mouvements amples et posés, lui qui nous avait habitués depuis Time And Tide en particulier, des montages frénétiques. Ici, il s’accorde une mise en image qui peut paraître plus classique, mais aussi et surtout, plus ample. Un parti-pris qui s’inscrit parfaitement dans l’ambiance plus traditionnelle du récit, et illustre le retour aux sources, tout en mettant en valeur le gigantisme de la cité et la grandeur de constructions dignes de la tour de Babel. L’ensemble devient vite vertigineux, et on comprend aisément pourquoi les distributeurs français, pour qui le nom de Tsui Hark reste vendeur, comme en témoigne la sortie de Seven Swords dans nos salles, ont fait le choix de diffuser ce Detective Dee And The Phantom Flame. Et pour s’assurer que tout le monde peut suivre son récit justement, le metteur en scène a la bonne idée d’introduire un général étranger, qui n’apparaîtra d’ailleurs plus jamais dans l’histoire, ce qui permet aux personnages chinois d’expliquer le contexte sans que cela ne semble gratuit. Devant une telle avalanche d’informations et de peintures mémorables, on a l’impression d’assister à un spectacle constant, et la sensation que Tsui Hark n’a que peu d’intérêt pour la réalité historique semble largement se confirmer. Pourtant, au détour de deux plans spectaculaires, on assiste tout de même à un passage à tabac qui illustre les méthodes brutales des représentants de l’ordre, rappelant la réalité violente des romans du Juge Ti. On constatera par la suite que cette scène est davantage un leurre qu’une description des mœurs de l’époque. C’est d’autant plus regrettable que les occasions de s’appesantir de façon ludique sur le système judiciaire de l’époque sont nombreuses durant cette première demi-heure qu’on ne voit pas passer. Et c’est bien là le talent du réalisateur : sans choisir la facilité d’enchaîner les scènes d’action spectaculaires, il parvient à nous immerger dans son récit au point que les minutes semblent des secondes.



A ce titre, l’ivresse du rythme rappelle largement les adaptations de Gu Long que Chu Yuan réalisait pour la Shaw Brothers dans les années 70. D’ailleurs, le traitement même du récit, qui mélange les inspirations surnaturelles et une vision plus classique de l’énigme policière, rappelle la collaboration des deux hommes. Certains décors, comme celui du bazar, s’inscrivent directement dans ce même héritage, le dit décor rappelant par exemple la fameuse ile de Legend Of The Bat, en moins psychédélique. Un constat qui n’a rien d’étonnant quand on sait que le metteur en scène rêve depuis des années de réaliser un remake de Death Duel. On imagine ainsi sans mal le Ti Lung de l’époque se glisser dans la peau d’un juge Ti aussi charismatique qu’arrogant. Andy Lau se révèle le successeur parfait de l’acteur, et irradie tout autant de charisme. Plus surprenant encore, il parvient à exprimer la sagesse et l’esprit brillant du juge, tout en y mêlant une désinvolture et une fougue tout à fait bienvenues. Les dialogues sont d’ailleurs très travaillés et permettent des échanges savoureux, notamment lorsque le héros débat avec la controversée impératrice Wu campée par une Carina Lau a la présence remarquable. Car comme évoqué en introduction, Detective Dee - The Mystery Of Phantom Flame est un film à noms. Outre les personnages historiques, le casting est constellé d’étoiles dont la réunion est des plus lumineuses sous la caméra d’un Tsui Hark qui de toute évidence prend autant de plaisir que nous a faire se rencontrer des stars indémodables comme Andy ou Carina, mais aussi de vieilles figures on ne peut plus sympathiques comme les inénarrables Richard Ng et Teddy Robin Kwan, aux côtés de jeunes acteurs énergiques loin des starlettes fades omniprésentes dans les films de Hong Kong. Si le ton est plutôt sérieux, et va même s’aggraver tout au long du récit, l’humour n’est pas absent. Un humour subtil et cynique, ponctué de scènes invraisemblables comme un combat/interrogatoire aussi bref que fulgurant entre le juge Ti et le ministre Pei. Cette folie communicative rappelle avec flamboyance l’esprit des wu xia pian des années 90, grâce à l’enthousiasme du réalisateur et au travail réjouissant de Sammo Hung. Ce dernier évite l’écart de la quasi-totalité des chorégraphes de wu xia pian actuels qui semblent calquer leur travail sur les combats réglés par Tony Ching Siu-Tung pour Zhang Yimou. Au lieu des ballets aussi esthétisants que mous, le duo nous offre donc des affrontements spectaculaires et virevoltants, nous épargnants les ralentis devenus indissociables du genre. Il ne faut bien sûr pas s’attendre à de longs affrontements très techniques où les figures traditionnelles de kung fu s’enchaînent dans des plans complexes. Les échanges sont généralement brefs, et l’utilisation des câbles est systématique. La variété est au rendez-vous, et le nombre important de scènes d’action donne beaucoup de souffle à un rythme maitrisé. Le final, très ambitieux, est d’une grande inventivité et tire parti de tous les moyens à la disposition de l’équipe pour offrir aux spectateurs un spectacle dense, complexe, mais toujours accessible. Les combats représentent d’ailleurs une bouffée d’air frais dans une production globalement aseptisée, et Tsui Hark fait régner un vent de folie qui nous rassure sur sa capacité à se révolter contre une industrie moribonde, au moins du point de vue artistique.



Paradoxalement, c’est ce côté délirant et réjouissant qui empêche Detective Dee - The Mystery Of Phantom Flame d’être autre chose qu’un très bon divertissement. Le traitement de l’intrigue n’est pas dénué d’intérêt. Hark parvient notamment à retranscrire de façon immersive le sentiment de danger permanent et l’atmosphère de paranoïa intense dans laquelle vivent les personnages. Le récit en lui-même se suit sans mal, et la narration est limpide. Mais on peine trop à retrouver l’essence du Juge Ti. Si dans la première partie son assurance donne constamment l’impression qu’il connaît plus d’éléments que les autres personnages, il ne démontre finalement que trop rarement ses qualités d’enquêteur, s’illustrant bien plus dans les scènes d’action. Ses premières déductions sont d’ailleurs tellement simplistes qu’on appréhende la résolution de l’intrigue. Par la suite, il se montrera plus fin, mais la deuxième partie du film constitue davantage une grande course poursuite ponctuée de coups de théâtre et de trahisons qu’un véritable travail d’investigation. Et quand enfin Ti nous rappelle son titre, c’est pour dévoiler les tiroirs d’une conspiration amusante, mais qui fait davantage penser au plan d’un criminel échappée de la série TV Monk avec Tony Shaloub, que d’un vaste complot politique. Cette déception est malgré tout plus ou moins compensée par le traitement nuancé des personnages. Tsui Hark évite ainsi de se montrer trop manichéen et nous présente des protagonistes très humains, dont l’évolution tout au long de l’histoire est aussi manifeste que crédible, en particulier dans le cas du juge Ti. Et même si son destin est plus fantaisiste que la réalité historique, on prend beaucoup de plaisir à s’immerger dans un pan de l’histoire de la Chine, même si on en apprendra finalement peu sur le sujet.

En inscrivant son récit dans une atmosphère de légende, Tsui Hark signe un divertissement aussi léger que réjouissant, à la réalisation maîtrisé, et au rendu visuel magnifique. Detective Dee - The Mystery Of Phantom Flame ne semble pas aussi inoubliable que d’autres œuvres de l’artiste, mais il reste un témoignage très réussi de sa créativité, dont la réussite est le résultat du travail d’une équipe investie !

jeudi 10 février 2011

Shaolin - Benny Chan

Les fans de films d’arts martiaux ont souvent entendu parler de « films de karaté », une appellation relativement agaçante. Mais même le grand public, qui pense que les pratiquants d’arts martiaux sont tous des karatékas, a une idée plus ou moins précise de ce que représente Shaolin. Au cinéma, il y eut un véritable engouement pour les arts martiaux de shaolin au milieu des années 70, quand Liu Chia-Liang conseilla au réalisateur Chang Cheh de s’emparer du sujet. Et l’Ogre de Hong Kong a justifié son surnom en manifestant un appétit démesuré pour les fameux moines, et en particulier les conséquences de la destruction du temple. Et si ces œuvres mettent davantage l’action sur le côté spectaculaire et l’héroïsme forcené, Liu Chia-Liang, une fois passé à la réalisation, s’est fait le représentant le plus mémorable de la philosophie de Shaolin, dont il est un descendant direct. Mais la disparition des films d’arts martiaux purs a annoncé le déclin du cycle shaolin, et même avec l’explosion des kung fu câblés, le temple n’a pas connu de nouvelle jeunesse cinématographique. L’annonce d’un projet dédié au sujet par Benny Chan ne pouvait donc qu’interpeller. Le réalisateur s’est montré particulièrement ambitieux ces dernières années, et il a réuni pour l’occasion un casting alléchant. Andy Lau n’est pas un authentique pratiquant, ce qui ne l’a pas empêché de débuter sa carrière comme action star, enchaînant les tournages énergiques dans des rôles de combattant émérite. Ce Shaolin signe son retour dans un rôle plutôt physique, après The Warlords, dans lequel il ne se battait finalement que peu. Face à lui, Nic Tse, qui a acquis une certaine expérience d’acteur physique, et qui pour une fois incarne une belle ordure. Car Benny Chan mélange les générations, et s’offre les services de stars aussi bien que de seconds rôles qui ont su marquer les années 90 par leur présence. Enfin, la participation de Yuen Kwai et Yuen Tak aux chorégraphies donne une légitimité martiale à une œuvre qu’on attend tout de même davantage pour ses combats que pour son histoire.



Et dès les premières images, on constate que Benny Chan a eu à cœur de faire de son Shaolin plus qu’une simple série B. Les paysages naturels dévastés et recouverts de boue ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le travail effectué sur The Warlords de Peter Chan. La crasse, le temps, les cadavres qui jonchent le sol, tout est fait pour créer un contexte historique réaliste, dénonçant les conditions de vie chaotiques de l’époque, et les abus dont étaient victimes les petits gens. Le réalisateur donne d’ailleurs beaucoup d’ampleur à sa mise en scène, grâce à une caméra presque toujours en mouvement. L’alternance systématique de mouvements de grue ascendants puis descendants, ainsi que son recours répété aux plongées, permet de s’immerger de façon spectaculaire dans le récit, même si cette technique finit par être redondante. Tout en étant visuellement efficace, elle rappelle, dans l’esprit, l’emploi excessif de zooms dans les films de Chang cheh mettant en scène les venoms. Visuellement, entre des décors de qualité et une réalisation aussi soignée que dynamique, l’ensemble est plutôt convaincant. Le fameux temple semble peu étendu, mais reste plutôt bien exploité. Seule une montagne qui verra une poursuite épique se dérouler peine à convaincre, à cause d’une impression irritante de carton pâte. Car sans être un road movie, shaolin nous fait voir du paysage pendant sa première moitié, et tant le temple que les moines sont réduits à de la figuration, sans rapport direct avec l’histoire. Car c’est bien le destin de Hou, incarné par Andy Lau qui nous est conté. Ce dernier trouve un rôle à la mesure de son talent, dont il nous démontre l’étendue. Nic Tse nous prouve à quel point il est aisé de surjouer les chefs militaires mégalomanes et cruels. Mais Andy parvient à éviter cet écart, et si l’évolution psychologique de son personnage était plus convaincante sur le papier, Hou serait réellement mémorable. En l’état, la star nous rappelle qu’il est un véritable acteur, et en quelques regards, il parvient à exprimer tellement d’émotion qu’on constate à quel point son potentiel n’est pas toujours exploité à sa juste valeur. Sa première scène est très représentative, car on ressent la menace qu’il représente en même temps que certains de ses comportements rassurent. L’ambivalence de son attitude est parfaitement rendue, et malgré l’ignominie de ses actes, on s’attache rapidement à cet homme complexe. Néanmoins, ses remords et sa remise en question sont basés sur une facilité scénaristique qui les rend peur intéressants. De plus, son cheminement n’est pas du tout développé, et la rencontre avec Shaolin reste trop artificielle.


Pourtant, on était en droit d’attendre une découverte approfondie des traditions shaolin, lorsque notre héros rencontre le cuisinier incarné par Jackie Chan. Mais Benny Chan reste en surface, racontant une histoire dont les enjeux restent limités. C’est d’autant plus regrettable que d’autres réalisateurs nous ont montré tout le potentiel cinématographique du temple, or ici, tant les entraînements que l’élévation spirituelle restent anecdotiques. La fameuse attaque finale est également traitée de façon surprenante. Pas tout à fait intimiste comme elle l’aurait pu l’être, mais n’insistant pas réellement non plus sur la bataille monumentale, c’est finalement la conclusion qui permet de constater l’étendue du conflit. Comme si Benny Chan avait une grande quantité d’idées, mais les oubliait au fur et à mesure, pour y revenir ensuite. Ainsi dans la deuxième heure, le personnage d’Andy Lau, tout en restant le héros, reste curieusement en retrait. Il est dit qu’il a dépassé les sentiments de haine ou de vengeance, mais il semble ne plus être qu’une coquille vide. C’est d’autant plus regrettable que l’acteur s’investit beaucoup et que son jeu est très juste. Mais n’aurait-il pas été plus pertinent d’explorer davantage ses tourments, en insistant sur son ambivalence ? A ce titre, Hou peut rappeler le Wu Lang interprété par Gordon Liu dans Eight Diagram Pole Fighter, non seulement parce que leurs destins présentent des similitudes, mais aussi parce qu’une scène en particulier vient faire écho à l’œuvre de Liu Chia-Liang. Mais andy se coupant les cheveux avec un ciseau a un impact émotionnel moins important que le rasage de crâne de Gordon Liu, à cause d’une réalisation soignée mais trop contrôlée, trop précise. Et c’est bien là le problème de ce Shaolin : la simplicité de l’histoire aurait été bien plus facile à accepter si le réalisateur était parvenu à nous investir dans son récit. Mais l’élégance de sa mise en scène est trop calculée. La recherche esthétique n’est d’ailleurs pas toujours un gage de réussite, on psetera par exemple de retrouver l’utilisation de teintes sépias dans un flashback, procédé cliché auquel Chan semble tenir. Mais tout ce travail n’est pas inutile, et quelques scènes en particulier restent très marquantes. A ce titre, l’utilisation du ralenti n’est pas excessive, et sert généralement le propos. La montée d’escalier précédant le traquenard bénéficie ainsi d’une formidable montée en tension, et cette anticipation donne beaucoup plus d’impact à la scène. De même, l’entraînement en binôme d’Andy et d’un enfant moine est filmé avec une grâce tout à fait pertinente dans le contexte, et le ralenti accompagne élégamment une musique appropriée. Ce qui n’est pas toujours le cas, la bande originale oscillant entre mélodies puissantes et morceaux mièvres, même si ces derniers sont moins nombreux.  Ainsi, malgré cette sensation de contempler une œuvre un peu froide, il y a une véritable unité dans Shaolin.


Affirmation qu’on peut remettre en question lorsqu’on évoque le jeu des acteurs. Si Andy Lau se montre très convaincant, Nic Tse rate une occasion d’interpréter un antagoniste marquant. Il faut dire que le rôle est mal écrit et ne dépasse pas le classique traître cruel. Wu Jing confirme que la sobriété tout à fait bienvenue qu’il manifestait dans City Under Siege lui convient très bien, malheureusement, il n’est pas présent plus de 10 minutes à l’écran. Et c’est bien dommage car il donne beaucoup d’humanité à ce moine impulsif et très humain. Les personnages féminins sont également gâchés, et ce n’est pas Fan Bing-Bing qui va contredire ce constat. Il aurait été aisé d’en faire un rôle marquant, mais elle n’est qu’une coquille vide, interprétée sans conviction de surcroit. La surprise vient finalement de Jackie Chan. Sans être la star, il est bien plus présent à l’écran qu’on pourrait le croire, et nous rappelle à quel point il peut être charismatique. On a un peu l’impression de voir ce que serait devenu son personnage de Little Big Soldier s’il avait été recueilli au temple dans l’enfance. Chan se montre plus attachant que jamais et joue avec beaucoup de naturel un rôle simple mais touchant. Chacune de ses apparitions est un vrai plaisir, et il s’illustre même dans un combat très réussi. Du point de vue martial, shaolin propose quelques échanges spectaculaires. Le rythme n’est pas démentiel, puisque la première heure ne compte qu’un combat d’introduction et un traquenard. Ce dernier est par contre enthousiasmant. Il n’y a pas de véritable échange martial, mais quelques coups spectaculaires, et surtout une série de poursuites vraiment immersives. Mais il faudra attendre la dernière partie du film pour assister à une succession d’affrontements pas si longs qu’on pourrait le croire, mais déjà plus consistants. Wu Jing aura l’occasion de s’offrir sa scène digne d’un film de Chang cheh, même s’il ne combat que trop peu, et l’action sera au centre du récit à partir de ce moment. Le gros final est moins dantesque qu’on aurait pu le croire. Le nombre de figurants se battant est bien moins important que prévu, et finalement, l’accent est mis sur les duels. Xiong xin-xin nous montre d’ailleurs qu’il bouge encore très bien, dans un échange de coups de sabre mémorable avec Xin Yu, qui n’est pas sans rappeler les grands moments des wu xia pian des années 90. Le combat entre Nic Tse et Andy est également très bon, même si bien trop court. C’est d’ailleurs la règle dans ce Shaolin, les combats ne durent jamais aussi longtemps qu’on l’aimerait. Pourtant, les chorégraphes ont fait un travail remarquable, et le montage est très bon, restant toujours lisible, tout en insufflant un dynamisme qui manque ces dernières années ! Reste que le climax accomplit sa mission : en mettre plein la vue, entre des duels martiaux de toute beauté et des explosions bruyantes, avant de finir sur un boom !


Avec Shaolin, Benny Chan compense City Under Siege, et livre un produit de qualité, qui devrait satisfaire les amateurs d’action. Mais il confirme également que s’il est un très bon artisan, il manque une âme à son travail, et c’est bien dommage.

mercredi 5 janvier 2011

Witch From Nepal: un nanar avec Chow Yun Fat, de la sorcellerie et des zombies

Quand on cherche frénétiquement de nouveaux films de zombies, on tente avant tout de trouver des divertissements dans lesquels les morts-vivants sont au centre du récit. Mais il arrive parfois que par hasard, on découvre une scène d'attaque de goules inattendue, comme au détour de ce Witch From Nepal réalisé à Hong Kong en 1946. Et si on se demande constamment s'il s'agit d'un navet ou d'un nanar, peut-être que nos chers zombies sont, pour une fois, les mieux lôtis.... réponse un peu plus bas!

En 1975, Ho Meng-Hua réalisait Black Magic, dont le titre a le mérite d’être assez représentatif du sujet. Véritable objet mercantile, on y voyait de la sorcellerie et de l’érotisme, une recette qui constituerait une partie du catalogue de la Shaw Brothers avant qu’elle ne succombe à la concurrence. Véritable mode, le film de sorcellerie a donc connu, outre trois volets de la série Black Magic, des représentants assez incroyable tels que Boxer’s Omen, ou encore Seeding Of A Ghost. Et si la majorité de ces productions sont issues du studio qui a contribué à la mise en valeur d’artistes tels que Chang Cheh, la société de Raymond Chow s’est aussi essayée à ce genre bien particulier, même si on se rappellera davantage des fameuses ghost kung fu comedies popularisées par Sammo Hung et Lam Ching Ying. Witch From Nepal est l’une de ces tentatives sur laquelle on jettera un regard curieux, interpelés par l’équipe. C’est Chow Yun-Fat qui interprète le héros, quelques mois à peine avant d’obtenir la reconnaissance en tant qu’acteur avec A Better Tomorrow de John Woo. Il se voit donner la réplique par la débutante Emily chu, qu’on a pu découvrir aux côtés de Jackie Chan dans Heart Of Dragon, mais aussi par Dick Wei, excellent artiste martial habitué aux rôles de bagarreurs belliqueux dans les films de Sammo Hung. Mais Witch From Nepal est aussi la deuxième réalisation du chorégraphe Ching Siu-Tung, après un Duel To The Death aussi surprenant que réussi. L’occasion de découvrir si son premier film était une authentique réussite ou un coup de chance de débutant ! Car en s’éloignant de son terrain de prédilection, les arts martiaux, l’artiste se lance dans une entreprise pour le moins audacieuse. A première vue, on pourrait penser qu’il existe un parallèle entre Witch From Nepal et le Seventh Curse de Lam Nai Choi, dans lequel Chow Yun-Fat fait d’ailleurs de la figuration. Il suffit de comparer les séquences de rituels tribaux dans ces deux films pour constater que les inspirations ne doivent pas être si éloignées. Mais si le réalisateur de The Cat et Story Of Rikki reste cohérent dans sa narration, Ching Siu-Tung surprend (ou trompe)  le spectateur en mettant en scène une romance qui préfigurerait presque le Two Lovers de James Gray.



Un constat qui n’a rien d’évident, puisque toute la première moitié du film est dénuée de la moindre vision. Si le prologue et l’introduction insistent sur la magie et sa confrontation avec la science, le récit peine à décoller, nous présentant un Chow Yun-Fat en touriste beauf, n’hésitant pas à déguster des mets que les autochtones ne peuvent qu’admirer en salivant, avant de tapoter la joue de ces pauvres bougres. Son Joe est immédiatement présenté comme un individu peu sympathique et sans empathie, préférant plaisanter lourdement qu’admirer les magnifiques paysages qui s’offrent à lui. Car le choix des décors est plutôt réussi, tout comme les musiques, qui apportent beaucoup de vie au récit, au gré de quelques expérimentations de montage audacieuses, comme cette marche d’éléphants appuyée par une mélodie pesante. Mais cette attitude irritante du protagoniste ne sera pas sans conséquences, puisqu’il va rapidement être confronté à une succession d’accidents mis en scène avec autant de conviction que les vidéos de famille envoyées à vidéo gag. A ce titre, le gros plan sur Chow tombant à la renverse avant même d’avoir touché la branche d’arbre censée l’assommer est assez incroyable, et illustre bien le côté très brouillon du film. Difficile d’imaginer que celui qui allait mettre en scène A Chinese Ghost Story à peine un an plus tard serait capable de livrer un travail aussi platement filmé. Les accidents de Joe bénéficient d’un montage dynamique, mais le reste du récit est montré avec autant d’énergie que ce qu’on peut voir dans les pires téléfilms. Car Joe, en plus d’être un plouc, a la mauvaise habitude de tomber partout. Alors que n’importe qui verrait que son prochain pas le plongera dans une rivière, notre héros fonce tête levée. A tel point qu’on ne compte même plus le nombre de fois où il va chuter, le final dépassant de loin les espérances de ce point de vue. Ce parti-pris est-il censé apporter une touche d’humour ? Difficile de dire si le film se prend au sérieux en vérité. Le ton est plutôt léger (pas autant que la consistance du scénario cependant), mais la romance est traitée avec tellement de sincérité qu’on a beaucoup de mal à savoir comment appréhender ce qu’on voit.

Car plus que Witch From Nepal, c’est Ida And Sheila qu’il aurait fallu appeler ce film, en hommage au Jules Et Jim de Truffaut, tant le chassé croisé amoureux a d’importance. On ne comprend d’ailleurs pas vraiment si Emily Chu pourchasse Joe à cause de son physique de mannequin ou parce qu’il a une allure héroïque avec son bermuda et ses chaussettes remontées jusqu’aux genoux. Mais qu’importe, puisque rapidement les deux héros vont avoir une liaison des plus romantiques, le temps de plusieurs scènes inoubliables, sur fond d’une chanson aux paroles riches de sens, alors même que Joe est fiancé ! Ces échanges amoureux seront d’ailleurs l’occasion de découvrir l’origine des étoiles filantes, mais aussi d’être confrontés à des fantômes d’électricité à la recherche de câlins. Et pour montrer que l’amour transcende les frontières, la culture et la langue, le dialogue le plus romantique sera uniquement ponctué de grognements. Mais si la romance est au premier plan, la magie n’est pas en reste, et si Mary Poppins rangeait les chambres en bougeant son nez, Emily Chu met la table d’un plissement des yeux. En bon élève de Uri Geller, Ching Siu-Tung prouvera à ses spectateurs la puissance de l’esprit sur la fourchette, mais aussi sur les emballages de sucre, puis enfin sur le café, afin qu’il y ait une véritable montée en puissance. Et alors qu’on pouvait s’attendre à voir ce passionnant apprentissage se dérouler en une courte scène, le réalisateur fait le choix de le développer sur 10 minutes, alors même qu’il ne sera plus jamais question de ce pouvoir par la suite. S’il y a bien un élément caractéristique de Witch From Nepal, c’est ce sens douteux de la narration, qui rend la vision ennuyeuse. Il faut tout de même attendre 45 minutes avant que le récit ne progresse un peu, et on n’aura jamais la satisfaction d’assister à une histoire construite. Les scènes superflues s’enchaînent, et sans parler de cohérence, rien n’est crédible. Comment expliquer cette scène hilarante de poursuite dans l’hôpital ? Emily Chu y retourne un matelas, avant d’être pourchassée par une cinquantaine d’infirmiers, décidément très réactifs et en sureffectif, ce qui ne correspond pas trop à la réalité des nuits de travail dans le milieu hospitalier. On notera par contre le discours subversif de ce passage, puisque la jeune femme traverse un mur aussi épais qu’une feuille de papier, dénonçant aussi l’état catastrophique des bâtiments de Hong Kong.



Difficile donc de trouver un véritable fil rouge à une histoire sans queue ni tête, dans laquelle les événements s’enchainent sans réelle logique. On remarque par contre l’utilisation appuyée des animaux, qui illustre certainement un message caché. Outre les éléphants, on verra un chien se faire massacrer dans un montage qui a du inspirer Lam Nai Choi pour le combat chien/chat de The Cat, un homme panthère, et un professeur de ballet aussi gracieuse qu’un grizzly. Mais c’est finalement Joe qui permet de lier tous ces éléments, grâce à sa constante gaucherie, son égoïsme et sa malhonnêteté, qui ne se démentiront presque jamais notamment dans l’attitude très digne qu’il adopte face à ses conquêtes. Face à lui, Dick Wei semble plus largué que jamais, son rôle se résumant à courir face au vent en poussant des hurlements et en manifestant rageusement sa haine de la faune et de la flore. On s’étonnera d’ailleurs de le voir arriver à cheval lors de la confrontation finale alors qu’il ne s’est déplacé qu’à pieds jusque-là. Final d’ailleurs sans aucun rythme. On a bien du mal à croire que quatre chorégraphe, dont Ko Chui et Ching Siu-Tung aient participé aux deux seules scènes d’action, tant elles se révèlent sans éclat. Mais malgré ses innombrables défauts, Witch From Nepal possède quelques arguments justifiant qu’on le regarde. Pour commencer, quelques effets spéciaux sont réussis (ce qui a de quoi surprendre quand on repense à cette panthère magique dessinée sur la pellicule), comme des éclats de verre impressionnants dans le final. Et comment condamner un film qui est tellement raté qu’il provoque le rire du début à la fin ? Bien sûr, son rythme détestable n’évite pas un certain ennui, mais on s’amuse tout de même beaucoup, même si ce n’est pas pour les bonnes raisons. Enfin, malgré le manque de consistance de la réalisation, Ching parvient à livrer une scène aussi surprenante que réussie dans un cimetière. S’inspirant de la sortie des morts de leur tombe dans Return Of The Living Dead et préfigurant celle de Return Of The Living Dead, cette scène bénéficie d’un soin qu’on ne trouve dans aucun autre passage de Witch From Nepal et se révèle même un peu angoissante, car elle baigne dans une atmosphère saisissante. Il faut dire que le travail sur la lumière et l’utilisation de la fumée sont très convaincants. Même les maquillages des zombies sont crédibles, ce qui n’était pas acquis. Leur démarche lente et leur avancée inexorable s’inscrivent naturellement dans la tradition des bons films du genre, rappelant d’ailleurs le travail sur l’atmosphère de Fulci. Ce bref éclat de talent ne sera malheureusement que peu exploité, puisque les morts-vivants n’auront pas l’occasion de mordre qui que ce soit, pas plus qu’on ne verra leur cervelle exploser. Le potentiel gore de ce passage est donc délaissé pour permettre à Ching Siu-Tung de reprendre le cours de son récit laborieux, et c’est bien regrettable.

Witch From Nepal est loin d’être ce qu’on pourrait qualifier de bon film. L’histoire n’a aucun sens, les acteurs sont en roue libre, la réalisation est molle, et on navigue constamment entre le rire et l’ennui. Mais tous ses défauts sont compensés par cette sincérité naïve, cette douce folie, et une véritable scène de zombies, même si elle ne termine pas en carnage. Face au délirant Deventh Curse de Lam Nai Choi, le film de Ching Siu-Tung ne fait pas le poids, mais il peut être considéré comme un sympathique complément.

dimanche 12 décembre 2010

City Under Siege


Avoir les moyens de ses ambitions est toujours un départ positif pour un film. Ce qui ne veut pas dire que l’argent soit toujours source de réussite en termes de qualités artistiques bien sûr. Si on se réfère au Dream Home d’Edmong Pang Ho-Cheung, on constate que le réalisateur, en déclarant qu’il allait livrer le premier slasher de Hong Kong disposait d’un savoir faire largement suffisant pour donner au public un spectacle tout à la fois primaire et d’une grande intelligence, mélangeant hémoglobine et qualité d’écriture avec virtuosité, sans pourtant donner l’impression d’être un gros film commercial au budget pharamineux. L’annonce du City Under Siege de Benny Chan était assez différente, puisqu’on nous promettait un film de super-héros destiné à rivaliser avec les grosses productions hollywoodiennes. Que l’on aime ou non le cinéma américain, il est difficile de nier que ces dernières années l’usine à rêves à donner au public un nombre impressionnant de films de super-héros d’une grande qualité. En donnant carte blanche à des artistes comme Christopher Nolan ou en adaptant les écrits d’une grande densité d’un Alan Moore, les résultats ne pouvaient être que bons. Et si la production de films super-héroïque connaît une enthousiasme si grand, ce n’est pas uniquement à cause des chiffres du box-office, mais bien parce que les univers dépeints impressionnent, tant visuellement que narrativement. Tim Burton avait ouvert la voie en montrant avec son Batman en 1989 que les récits de justiciers masqués n’étaient pas réservés qu’aux enfants et aux adolescents, mais qu’il était tout à fait possible de créer des univers personnels et riches. L’aspect divertissement pur n’est jamais loin, mais les films de super-héros américains ont tout de même gagné leurs lettres de noblesses, une victoire qui culmina lors des oscars avec la nomination à plusieurs reprises de The Dark Knight de Christopher Nolan.


A Hong Kong, le genre a connu quelques timides déclinaisons, comme The Flying Mr Bee de Wong Jing, mais généralement, les « super-héros » de l’ex colonie ne portent pas d’uniforme et n’ont pas grand-chose à voir avec un Spider-man par exemple. Leurs exploits restent surhumains, comme le prouvent les prouesses de Andy Lau dans Saviour Of The Soul et sa suite, ou plus récemment, celles du trio Donnie Yen, Nic Tse, Shawn Yue, dans le décrié Dragon Tiger Gate. Une spécificité qu’on retrouve néanmoins dans beaucoup de films d’action, en particulier les wu xia pian câblés. Et si les films cités bénéficient d’une esthétique surréaliste, en particulier dans le travail sur la lumière et les couleurs, City Under Siege est bien plus commun de ce point de vue. Hormis une introduction sous forme de flashback aux teintes sépia, la réalisation reste efficace sans se montrer inoubliable. Benny Chan est un très bon artisan, mettant en scène et montant ses films de façon dynamique, mais il lui manque la vision qui ferait de lui un artiste plutôt qu’un technicien. Une affirmation que la première scène, qui rappelle dès les premiers plans l’introduction du X-men de Bryan Singer, peine à contredire. On pensera également au début du Hellboy de Guillermo Del Toro, avant que l’explication des pouvoirs à venir de nos protagonistes ne soit faite par l’intermédiaire d’un clone raté du monstre vert Hulk. Difficile d’imaginer le palmarès du réalisateur en se fiant à cette scène. Mais ce ne sont que les premières marches de la drôle de descente en enfer que constitue City Under Siege. Car n’est pas Dante qui veut. Et si le poète Italien démontrait une imagination débordante dans sa comédie, on rit plus du film de Benny Chan que de ses tentatives pathétiques de faire de l’humour.


Si les quelques pétards censés donner l’impression d’une explosion ont pour but de se moquer des moyens démesurés déployés dans certaines grosses productions pour des scènes de quelques secondes, Benny Chan est un génie. En revanche, si c’est avec ce genre d’effet qu’il compte lancer sa gamme de films au rendu digne des plus grosses machines de guerre Hollywoodienne, il risque fort d’être considéré comme le Uwe Boll asiatique. Car on ne sait jamais s’il faut prendre ce City Under Siege au premier ou au second degré. Même les scènes bénéficiant de décors réussis parviennent à donner l’impression qu’on regarde un film fauché, comme la présentation de la troupe qu’on croirait tourner par Sun Chung en même temps que la scène de boite de nuit dans son City War, qui date tout de même de 1989. Cette impression d’être devant une production de la fin des années 80, ou au mieux du début des années 90, est renforcée par l’utilisation répétée d’effets spéciaux qui feraient passer les dagues volants de Saviour Of The soul pour la pointe de la technologie numérique actuelle. S’il fallait résumer City Under Siege en une expression, ce serait « faute de goût ». D’un Collin Chou en motard hark rockeur has-been, à son costume de monstre aussi réussi que celui du directeur de Prison dans Story Of Ricky, en passant par la musique, d’une nullité qui n’a d’égale que sa mièvrerie, tout semble destiné à faire rire le public. Tout, sauf les plaisanteries, tellement puériles qu’on a presque la sensation que Benny Chan a écrit son scénario dans le but de détrôner Kevin smith au poste de scénariste le moins capable de comprendre comment raconter une histoire. Car en plus de ne jamais avancer, le récit n’est jamais prenant. Il faut dire que le réalisateur n’a pas grand-chose à raconter, et parvient tout de même à enchaîner les clichés sur 1h48, alors que son scénario ne nécessitait pas plus de 30 minutes de film. On ne trouvera pas non plus de discours caché, ou de dénonciation réussie. On sourira devant l’utilisation de l’image d’Aaron, puisqu’il s’agit des seules scènes amusantes à dessein, mais le propos, qui se veut satyrique, est en retard de plus de 25 ans sur le Super Fool mettant en vedette Richard Ng. Si message il y a, ce serait plutôt une critique de l’humanité chinoise, comme on peut le voir lors du renvoi du personnage de Shu Qi, ou quand des marins jettent un homme à l’eau parce qu’il est malade (une scène visuellement aussi splendide qu’un jeu de ps2).



Ce n’est pourtant pas l’action qui empêche me récit d’être développé, puisqu’il faudra attendre trois quart d’heure avant d’assister à un réel affrontement. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que pour un héros, Aaron n’a pas du suer beaucoup pour son rôle. Son personnage ne participe presque jamais à l’action, même lors d’un final aussi vite expédié que décevant. Les chorégraphies, qui se comptent sur les doigts d’une main, sont très inégales. Wu Jing se taille la part du lion en se réservant tous les meilleurs passages, offrant quelques échanges plus techniques, même si l’utilisation des câbles n’est jamais oubliée. Une fois de plus, on regrettera qu’un artiste martial de son niveau n’ait pas réellement l’occasion de démontrer ses capacités physiques, d’autant que ses affrontements avec Collin Chou promettaient des scènes d’anthologie. Finalement, le résultat est sympathique, mais anecdotique, et ne représente pas plus de 10 minutes du film. Et que dire du manque d’imagination lié à la transformation des personnages ? Ils sont plus rapides et plus forts. Tout comme Wu Jing et sa partenaire, eux aussi capables de bondir à plusieurs mètres de distance. Finalement, rien ne justifie de classer ce City under Siege dans la catégorie des films de super-héros, Aaron se contentant de sauver une inconnue au détour d’une scène. Alors qu’on aurait pu s’attendre à des adversaires variés, aux spécificités uniques, on constate que Benny Chan ne s’est pas fatigué et se contente de donner un aspect de plus en plus horrible et raté à nos monstres. Ce parti-pris discutable ne joue pas en la faveur de personnages peu attachants, et ce n’est pas le jeu irritant des principaux acteurs qui permettra une identification plus importante. Rarement Aaron Kwok aura été aussi irritant qu’ici, surjouant plus encore que dans Murderer, comme si sa vie en dépendait. La star a fait des choix de carrière aussi surprenants que peu pertinents ces dernières années, et on a du mal à imaginer que City Under Siege le remette sur le devant de la scène.

Mais il n’est pas seul en faute, et Collin Chou, qui se définit comme plus jeune, plus fort et plus cultivé que les stars actuelles, donne l’impression que sa culture s’arrête au Hulk interprété par Lou Ferrigno. Son jeu inhumain est mis en valeur de façon peu orthodoxe par une utilisation maladroite, pour ne pas dire ratée, du ralenti, associée à une direction d’acteurs douteuse. Les personnages féminins s’en sortent mieux : n’ayant rien à faire, elles n’ont pas l’opportunité de se ridiculiser. Shu Qi montre par contre un grand sérieux et semble avoir travaillé son rôle, même s’il est sans intérêt. Finalement, seul Wu Jing parvient à bien jouer, lui pourtant habitué aux grimaces les plus agaçantes, a enfin de la prestance avec sa barbiche, et reste sobre du début à la fin. On aurait aimé voir, au rayon des rares qualités, une esthétique réussie. Mais en plus d’être longuet, City Under Siege est d’une banalité visuelle déprimante. Dragon Tiger Gate n’était pas un grand film, mais le jeu sur les couleurs, et sur la lumière en faisaient une expérience originale. Et à moins d’être masochiste, il ne vaut mieux même pas comparer le film de Benny Chan au Scott Pilgrim d’Edgar Wright, d’une ingéniosité visuelle incroyable, mettant en scène des combats bien chorégraphiés avec beaucoup de dynamisme sans jamais sacrifier la lisibilité, et parvenant même à ajouter des bruitages qui ne dépareilleraient pas dans la série Batman avec Adam West, pour un résultat pop brillant.



City under Siege est un film prétentieux qui n’a donc pas les moyens de ses ambitions, mal écrit, réalisé sans génie, et bourré ce tics de montage navrants, qui parvient tout de même à faire rire grâce à des scènes surréalistes, comme ce passage où Shu qi explique ce qu’est l’amour à un Collin Chou déchaîné, candidat à l’élection du plus mauvais acteur du monde.

Un film à ne voir que préparé.

mardi 9 novembre 2010

Dream Home, le slasher made in hong Kong

“Dream Home” n’est ni un comics, ni un film de zombies. Mais il constitue LA surprise de la production cinématographique 2010, le film qui redonne espoir, et à ce titre, j’ai décidé de poster ma critique rédigée sur http://www.hkcinemagic.com/ sur mon blog.



Quand on parle d’accouchement, on pense à des cris, de la douleur, de la joie, un tumulte d’émotions fortes en somme. On sait aussi que l'accouchement déroule en trois étapes. D’abord, les contractions de l'utérus, avec lubrification du canal cervical par le liquide amniotique, facilitant le passage de la tête du foetus. Ensuite, grosso modo tout se contracte pour faciliter l'expulsion du foetus par le vagin. Le bébé est en train de naître, mais le foetus est encore relié à la mère par le cordon ombilical. Finalement, vient l’ultime étape, la délivrance. Edmond Pang Ho Cheung n’est pas une femme, mais on peut dire qu’il a connu les souffrances d’un accouchement avant de connaître la délivrance en voyant son bébé découvrir le monde. S’imposant comme l’un des artistes les plus surprenants de l’ex colonie, c’est d’abord en tant qu’écrivain qu’il s’est fait connaître en écrivant ce qui servira de base au scénario du film FullTime Killer de Johnnie To. Il passera lui-même à la mise en scène dès 2001 avec You Shoot, I Shoot. Mais ses racines d’écrivain resteront indissociables de son travail derrière la caméra. Au-delà de l’originalité de ses films, on retiendra une identité stylistique très forte, et un sens aiguisé de l’écriture, ce qui lui permet de livrer des films bien écrits, sans que ses scénarios ne soient gratuitement compliqués. Mais de Men Suddenly In Black à Trivial Matters en passant par Beyond Our Ken, il est évident que Cheung sait raconter une histoire, tout en installant une ambiance, et surtout en permettant au spectateur de s’attacher à des protagonistes profondément humains, car loin du manichéisme qui hante nombre de productions récentes.




Le projet Dream Home fut annoncé comme le premier slasher made in HK, et l’auteur insistait dans sa promotion sur le gore très prononcé de son œuvre. C’était aussi l’occasion pour l’actrice Josie Ho, star du film, de créer l’événement autour de sa toute nouvelle société de production, 852 films. Prévu pour une sortie en 2009, ce n’est finalement que récemment que les spectateurs ont eu l’occasion de découvrir le film, suite à un différent entre la productrice et le réalisateur, concernant la violence dans le film. Mais au-delà de cette histoire mouvementée, et de l’argument graphique, c’est le contexte social fort qui surprend et interpelle. On n’avait pas vu de scénario avec un tel mordant et un message aussi puissant des années dans un film de Hong Kong. Dès le pré-générique, on comprend que la conjoncture n’est pas une simple introduction à l’histoire, mais qu’elle en constitue le cœur. Et l’auteur s’emploie à nous faire vivre la gravité de la situation, en présentant des chiffres dramatiques sur le salaire moyen de la population et les prix démesurés de l’immobilier.



On nous parle de folie, sur fond de musique angoissante, avant de nous confronter presque immédiatement à un premier meurtre d’une grande violence. Wong Ching, vétéran de la Shaw Brothers, y joue les figurants malchanceux. Cette introduction musclée pose les bases de la mise en scène : Pang n’a pas peur d’alterner montage dynamique et plans brefs avec des plans séquences qui rendent la sécheresse des scènes encore plus choquantes. On nous avait promis du sang, et on ne nous a pas menti. Non seulement les maquillages sont très convaincants, loin des délires rouges fluo auxquels on a parfois droit dans les slashers, mais en plus la réalisation insiste bien sur les blessures, infligeant au spectateur la douleur de les contempler longuement. Les impacts sont d’un réalisme saisissant, et on a mal pour les personnages, à qui aucune douleur ne sera épargnée. Malgré le grand nombre de morts violentes, la variété est au rendez-vous, et on n’a jamais la sensation d’assister aux mêmes exécutions. Il faut dire que Dream Home est loin de n’être qu’un enchaînement de scènes de massacre et bénéficie d’un rythme savamment étudié.




La narration est fragmentée, alternant le présent, signalé par l’affichage numérique de l’heure à chaque nouvelle scène, et des flashbacks, justifiés par l’apport de détails logiques pour mieux cerner les choix du personnage et l’humaniser. L’auteur va même plus loin en plaçant des flashbacks dans les flashbacks, mais la maîtrise de la narration reste totale, le récit reste donc constamment compréhensible. Ce parti-pris rend l’ensemble surprenant, et Dream Home n’est pas un film dont on devine le déroulement. Bien sûr, on a rapidement une idée globale de la situation, mais alors qu’on pensait avoir percé à jour les motivations réelles de chacun, un nouveau souvenir ou un nouveau coup de théâtre viennent remettre en question notre appréhension de l’histoire. Pourtant, on n’a jamais la sensation d’être floué par les scénaristes, qui ont mis un point d’honneur à créer une histoire simple, mais crédible. Tout n’est cependant pas parfait, car sur la fin, la tentation de céder au grand guignol facile n’est pas évitée. Alors que la nuance était privilégiée jusque-là, le dernier tiers du film s’enfonce inexorablement dans le scabreux pas franchement utile. On a un peu la sensation que Pang se soumet à des quotas, comme lorsqu’il filme des scènes de sexe grindhouse dans l’âme et ajoute une bonne dose de vomi. Les circonstances mêmes de cette situation sont bien plus grandiloquentes que ce à quoi on a assisté auparavant, et la résolution n’a plus rien de réaliste. Difficile, dans ces conditions, de continuer à prendre au sérieux un film qui a tout mis en œuvre, pendant une heure, pour nous faire croire à ces personnages pathétiques, pour nous investir dans leur histoire, et nous permettre de ressentir leur détresse. Pourtant, on est plus partagé que complètement déçu. En effet, le propos perd en force ce qu’il gagne en ultra-violence outragère et hilarante. Le carnage est tellement brutal qu’on attend impatiemment la prochaine victime. La crédibilité n’est définitivement plus de mise, mais les affrontements restent très intenses, grâce aux chorégraphies d’un Chin Kar Lok très inspiré. A l’image du reste du film, on se dit que tout peut arriver.




Cette dernière partie tranche donc radicalement avec l’atmosphère teintée de mélancolie des deux premiers tiers. Cette ambiance de jungle urbaine est illustrée de façon très efficace par les véritables remparts que constituent les façades de buildings, dans des ruelles aussi sombres qu’étouffantes. On est plus proches des villes prisons désespérées d’un Brothers From Walled City ou Long Arm Of The Law que de la peinture glamour de Hong Kong dont Johnnie To s’est fait l’illustrateur le plus romantique. L’effrayante tranquillité de la caméra du réalisateur confère un caractère inéluctable à cette sensation d’enfermement, qui rend la quête obstinée de l’héroïne aussi futile que pathétique. Son parcours du combattant, entaché de cadavres, est mis en parallèle avec une enfance rythmée par les jeux avec un voisin, la découverte du monde violent des adultes, et la confrontation avec l’humanité d’un père loin de l’image héroïque qu’a pu véhiculer Norman Chu par le passé. L’acteur, dont la calvitie naissante sur le haut du crâne et des traits vieillissants créent une ressemblance saisissante avec Ti Lung, est d’une justesse incroyable. Il n’apparaît que peu, mais irradie la pellicule par sa présence. Tour à tour effrayant, touchant, et presque pitoyable, il incarne un père profondément humain, dépassé par une société où règnent l’individualisme et le profit, et qui ne sait plus comment sauver les siens. La mélancolie dans laquelle baigne l’histoire de cette famille ordinaire rend l’intrigue bien plus profonde et intéressante que les scénarios les plus complexes du monde. Tout est simple, mais surtout, tout est vrai, tout est juste. Le message politique est puissant, car il s’instille par petites touches dans le récit, et tout en étant l’un de ses éléments fondateurs, il ne prend jamais le pas sur les personnages.


L’interprétation n’est par contre par extraordinaire globalement. Seule Josie Ho bénéficie d’un temps de présence à l’écran significatif, et si elle joue son rôle avec conviction, elle ne témoigne pas de talents d’actrice époustouflants et ne crève jamais l’écran. Norman Chu est donc le seul acteur a réellement marqué le film de sa présence, et le faible nombre de ses scènes ne rend son destin que plus poignant. Les ruptures de ton nombreuses peuvent être déstabilisantes, mais Pang parvient à conserver une unité, si on lui pardonne l’écart du dernier tiers, qui vire au slasher facile mais jouissif. De ce point de vue, le film tient ses promesses, et c’est bien en tant que film social qu’il risque de décevoir. Le twist final, très bien amené, permet au réalisateur de nous rappeler que malgré un débordement un peu gratuit, il n’oublie jamais son histoire, ni ses personnages, et que c’est bien la qualité de l’écriture, et l’identité visuelle très forte qui font de Dream Home l’un des films les plus marquants de cette année 2010, redonnant réellement espoir au milieu d’un flot de productions paresseuses à l’écriture décevante et aux histoires peu prenantes.

Merci Edmond Pang Ho Cheung pour cette nouvelle œuvre personnelle, ambitieuse, non dénuée de défauts mais sincère et très prenante.


mercredi 27 octobre 2010

Scare 2 die

Scare 2 Die est un film à sketchs dont le moteur est le surnaturel. On retrouve en ce sens la construction d’œuvres telles que Creepshow ou l’adaptation cinématographique de la série Tales Of The Darkside (que les fans de Tales From The Crypt doivent apprécier). Le réalisateur, Cub Chin, qui signe là son deuxième film, n’est ni un débutant dans l’industrie (il est scénariste et assistant réalisateur depuis 1985), ni un novice en matière de fantastique (il a notamment été assistant réalisateur sur l’ambitieux, prétentieux et décevant Night Corridors mettant en vedette Daniel Wu). Ici, il tient aussi bien la caméra que le stylo, puisqu’il est également scénariste.




Il est difficile de critiquer Scare 2 Die comme un ensemble, puisque chacun des segments est très différent, tant dans son approche que du point de vue technique. La première histoire se déroule dans l’univers du mahjong underground. Il est question d’usuriers menaçants, de course contre la montre, et d’une pièce magique qui permet, une fois par jour, d’avoir une combinaison parfaite et imparable. Seulement, il faut exécuter cette combinaison 13 fois sur 13 jours. Pas moins, et certainement pas plus. Sam Lee interprète notre protagoniste un rien pathétique. Le récit se veut cynique et ironique, mais ce second degré est surligné de façon insultante par le jeu cabotin de l’acteur et les gros effets qui tâchent. Visuellement, ce segment bénéficie d’expérimentations très intéressantes. On débute par une série de travellings en caméra à l’épaule dans les rues de Hong Kong la nuit. S’ensuit un générique qui enchaîne les flashs agressifs, avant de nous introduire une partie de majhong par le biais de travelling lents et plus esthétiques. Retour à notre scène de départ, et on comprend que la caméra s’accorde à la démarche peu assurée d’un Sam Lee pas si innocent. Face caméra, l’acteur va se cogner en plein objectif, défiant le mur de la réalité. Ces petites touches favorisent l’immersion dans un récit peu passionnant. La petite demi-heure insiste en effet beaucoup trop sur les parties de mahjong, alors qu’on a rapidement compris le concept de la pièce offerte pas un vieillard crachant du sang. Bien sûr, l’histoire jour sur les motifs récurrents, sur la répétition jusqu’à saturation, mais ce procédé atteint rapidement ses limites et ne suffit pas à combler le vide, à tel point qu’un récit de 30 minutes parvient à ennuyer. Quelques clins d’œil, comme le travelling sur la sirène d’ambulance, identique à celui de l’introduction alternative de Hard Boiled font sourire, tout comme certaines situations dégoutantes (un immonde bonhomme qui s’étouffe horriblement avec une glace à la vanille….). Mais l’originalité n’est pas au rendez-vous. Un constat particulièrement frappant lors des différentes morts, qui se ressemblent toutes. Quelques éclats de violence ne surprennent pas (la spa a dû crier au scandale, mais cette scène était prévisible) mais réjouissent, comme ce final très graphique mais peu profond. Un premier segment techniquement réussi, à la photographie léchée (même si on est loin du travail admirable de Johnnie To quand il s’agit de filmer Hong Kong la nuit), à la violence amusante, mais tellement creux…



La deuxième histoire est la plus ambitieuse du film, non pas en terme de scénario à proprement parler, mais en terme de structure narrative. Reprenant le concept déconcertant qui ouvre What Price Survival de Daniel Lee, le récit débute par un montage fiévreux, digne d’un Dead Or Alive, qui enchaîne les séquences chocs, les retours arrière et autres effets presque clippesques. On sent une volonté de ne pas laisser au spectateur la possibilité de créer ses repères. On pense également au surprenant Slipstream, réalisé et interprété par sir Anthony Hopkins. Mais contrairement au film de Daniel Lee, cet enchaînement présente les scènes à venir dans l’ordre chronologique. Un choix finalement peu judicieux. Après l’ivresse provoquée par cette introduction, le déroulement plus lent de l’histoire perd de son intérêt et le rythme s’en ressent. Pourquoi nous raconter en 15 minutes exactement la même chose que ce qui nous a marqués en 2 minutes ? Peut être parce que pour justifier la sortie en salle, il faut une durée minimale et qu’en l’état, le film atteint déjà à peine 1 heure 19. Cannibales ou zombies ? Difficile à dire, puisque le maquillage est minimaliste. Le doute persiste, néanmoins à cause de la réaction à la douleur. Malgré tout, la démarche et le regard vide des assaillants (forts peu nombreux au demeurant) instille le doute. L’isolement de l’héroïne est en tout cas très palpable, et l’une des bonnes idées de ce segment est de rester minimaliste en termes de dialogues, puisqu’il ne doit y avoir que 2 ou 3 paroles sur 20 minutes. Ici aussi on a droit à un peu d’adrénaline et à quelques scènes chocs, sans qu’on comprenne réellement leur intérêt d’ailleurs, comme ce passage où notre protagoniste semble se recoudre l’estomac… Lorsque le troisième segment démarre, on a le sentiment que cette histoire de zombies a fini avant même de commencer, dommage.



C’est Tommy Yuen, du groupe E-kids qui prend la relève pour une sombre histoire de tv-réalité. On y retrouve subrepticement quelques personnages de la première histoire, le temps passé dans des ascenseurs ou des escaliers correspond à au moins 1/3 de cette partie (plus le temps passé dans des couloirs), et le jeune Tommy a bien du mal à convaincre. Le montage est plus calme, mais on a tout de même droit à quelques images surréalistes, comme cette paire de jambes enchainées en surimpression. Ce segment reste le moins intéressant, que ce soit techniquement ou narrativement. Il clôt difficilement un film qui ressemble plus à une expérimentation du style Dead End Run de Sogo Ishii. Du style, mais peu de substance.

mardi 29 juin 2010

le cinéma de Hong Kong et les comics: deux approches différentes?


En discutant sur un forum spécialisé dans le cinéma de Hong Kong (http://www.hkcinemagic.com/ où vous pourrez lire certaines de mes critiques de films ;-), j’ai eu un échange à propos d’un film qui s’inscrit dans un univers super héroïque : « Heroic Trio ». Mon interlocuteur expliquait que pour lui, le mélange de genres propre au cinéma de Hong Kong (avec ruptures de ton brusques, des gags parfois gras en pleine scène dramatique) était une richesse qu’on ne retrouvait pas dans l’approche occidentale de l’art, et qui était donc absente des comics.

C’est un point de vue que je trouve intéressant, néanmoins je ne le ressens pas ainsi. J'ai plusieurs exemples qui me viennent à l'esprit, où l'humour se mélange au drame ou à la perversité la plus malsaine. Récemment, le titre "Batman and Robin" de Grant Morrison mélange les tons avec beaucoup d'audace. Le premier arc mettant en scène le Dr Pyg symbolise tout à fait ce parti pris, avec des personnages grotesques, qui réunissent certaines caractéristiques d'univers enfantins avec la violence la plus crade, pour une histoire aussi violente que pleine d'humour décalé. Cela dit, il est vrai que Morrison est un auteur iconoclaste.

Que dire de la chute de "The Killing Joke", où on nous montre un joker plus abjecte que jamais, avant de terminer sur une plaisanterie à la fois pertinente (parce que reflet de la relation des deux personnages), mais aussi très drôle?

Spiderman dans un autre genre est un personnage plus connu pour sa légèreté, mais certains arcs très sombres ne sont pas dénués d'humour, à des moments surprenants. Le run actuel, "Grim Hunt", est bourré de morts très malsaines et graphiques, mais n'omet pas des pointes d'humour qui pourraient presque sembler déplacées.

Je dois dire que tout en étant fervent admirateur du cinéma de Hong Kong, j'ai éprouvé au moins autant d'émotion, d'implication et d'intensité devant un grand nombre de comics. D'autant plus que les super-héros sont un peu les fondations de la mythologie moderne à mon sens, et quand cet aspect est exploité, on obtient des œuvres d'une richesse hallucinante. Même si tous les volumes ne sont pas d'égale qualité, la trilogie:
Earth-X/Universe-X/Paradise-x est pour moi l'exemple le plus frappant. Les auteurs ont su se saisir de l'intégralité des éléments qui constituent l'univers Marvel pour construire un ensemble cohérent, avec beaucoup de second degré pour contre-balancer le sérieux de l'ensemble (le mystérieux Daredevil est notamment une grande source de rires).


En parlant de Marvel, un autre exemple me vient. L'univers 2099, Spiderman 2099 en particulier. En seulement 46 épisodes, Peter David à élaborer une histoire complexe, aux thématiques nombreuses, avec une implication émotionnelle forte, grâce à une structure familiale surprenante mais crédible, le tout sans oublier l'action, et un humour vraiment cynique, qui achève de distinguer le personnage de Peter Parker. Le ton est sombre, mature, et l'humour reste omniprésent.

Bien sûr, cette petite chronique n’est qu’une introduction à d’autres articles à venir. Le run « Batman and Robin » passera à la moulinette, puisqu’il s’agit d’une de mes expériences les plus jouissives de lecture. Le long run «The Gauntlet » et son aboutissement « Grim Hunt », qui voient l’homme araignée aux prises avec des fantômes de son passé, aura également droit à un avis, tout comme la trilogie Earth-X et bien sûr Spiderman 2099, puisqu’il s’agit d’un de mes comics préférés.

En attendant, je devrais publier, au moins en deux fois, ma fan-fiction sur le reporter belge. Pour faire office de teaser, en voilà le titre : « Tintin contre les nains aphrodisiaques ».

vendredi 11 juin 2010

Bio zombie

Petit break entre l'article sur la perte dans les comics et sa suite, l'héritage: critique du film hong kongais bio zombie!
Des morts vivants investissent un centre commercial et prennent au piège un groupe d’individus que tout sépare. Les survivants vont devoir s’allier pour survivre.

Il ne manque que la scène de swat d’ouverture, et on pourrait presque se croire dans Dawn Of The Dead. Et si on remplace Jordan Chan par une américaine blonde, on pense voir le remake de Zack Snyder.


Mais non, il s’agit bel et bien d’une production Hong Kongaise, et le ton résolument décalé ainsi qu’un mélange de genres cantonais dans l’âme ne laissent aucun doute à ce sujet. Malheureusement, ce qui peut être une force dans des classiques comme Prodigal Son est plutôt un défaut ici. En effet, le gros problème du film est de ne pas se situer clairement dans un registre.
Entre humour potache de djeun'z et drama-horror, le film hésite, n'assume pas son mélange de genres, revient à l'un, à l'autre, sans trop savoir ce qui conviendrait le mieux, ce qui fait qu'on ne rentre jamais complètement dans l'histoire.

Quelques gags, relevés par des idées de mise en scènes rusées, permettent malgré tout de passer un bon moment. On pense notamment à l’interrogatoire croisé et son split screen improvisé, ou encore à la présentation tout droit tirée d’un jeu vidéo de nos héros en « armes ». Pourtant, l’humour n’est jamais assez percutant ou original pour complètement remporter l’adhésion.

En tant que film de Hong Kong des années 90, Bio Zombie se doit de comporter son lot de scènes d’action, comme semblent l’annoncer le contexte et la fameuse prise d’armes. Pourtant, le rythme est très lent, les affrontements sont peu nombreux, et il faut attendre le climax pour assister à un bottage de derrières de morts vivants digne de ce nom, sans qu’il soit mémorable. Le tout reste en effet bien trop édulcoré pour marquer le fan de zombies en manque d’hémoglobine, et la chorégraphie est trop banale pour satisfaire le fan d’action made in HK hardcore. Même s’il n’a jamais été question de comparer le film de Wilson Yip et celui de Romero, on ne peut que s’attrister en comptant le faible de nombre de zombies à l’écran, quand leur surnombre était un élément spectaculaire du film américain.


Il faut dire que le cadre est également moins impressionnant, on a plus l’impression que le film a été tourné dans l’une des galeries marchandes du 13ème arrondissement de Paris que dans un centre commercial gigantesque aux couloirs interminables. Ce n’est pas forcément un défaut, puisque cela créé malgré tout une sensation de claustrophobie marquée.

Mais si les décors sont décevants, que l’humour peine à convaincre et que l’action est décevante, on peut s’attendre à des prestations enjouées avec un tel casting. Après tout, Sam Lee est un bout en train capable de jouer les clowns autant que d’assurer dans un registre plus sérieux (Made in HK), et Jordan Chan est un acteur versatile plutôt réputé. Pourtant, aucun d’eux ne réussit à constituer un atout, Jordan Chan se révélant insupportable au bout de 10 minutes, et Sam Lee n'étant pas en grande forme (à part quand il court).

Le reste du casting ne s’illustre pas davantage, et en conséquence, on peine à s’attacher aux personnages. Or dans un survival, il est primordial de se sentir concerné par le sort des héros, afin que les décès inéluctables d’une partie de l’équipe soient déchirants pour le spectateur accroché à son siège comme sa propre vie en dépendait. On est bien loin du compte ici, même si Sam Lee se montre bien plus convaincants dans les passages dramatiques, comme ce pauvre hôte de caisse zombie amoureux transi, qui reste le personnage le plus attachant, à la manière du Bub de Romero.


Bio Zombie est un film qu’on a envie d’aimer, qu’on s’imagine drôle, bourré d’action et de dérision. Malgré quelques qualités, comme la caméra virevoltante de Yip, l’ensemble reste décevant, mais on se consolera avec une fin nihiliste comme on les aime, qui réunit toutes les qualités qu’on aurait aimé trouver plus tôt : du suspense, de l’émotion, et une issue amère, y compris dans la fin alternative.