vendredi 6 mai 2011

Les Nuits Rouges Du Bourreau De Jade


 Lien vers l'interview des réalisateurs effectuée pour le site www.hkcinemagic.com en bas de page.

Le cinéma de Hong Kong a connu plusieurs vagues de succès en France, grâce à des acteurs à la renommée internationale comme Bruce Lee, Jackie Chan ou Jet Li. Mais si les productions de l’ex-colonie ont eu droit à une publicité plus importante selon les années, ce n’est pas uniquement grâce à ces stars, c’est aussi grâce au travail de journalistes passionnés, de cinéphiles qui ont cherché à communiquer leur passion au plus grand nombre. Julien Carbon et Laurent Courtiaud ont fait partie de ce petit groupe qui a fait confiance au potentiel d’attraction de ce cinéma à part. Journalistes de formation, ils ont longtemps œuvré à la diffusion de cette production, via leur propre fanzine, puis en participant à l’aventure du magazine« HK », aux côtés d’un autre réalisateur cinéphile, Christophe Gans, qui a largement eu l’occasion de prouver son amour du genre dans Crying Freeman et Le Pacte Des Loups. Notre duo d’amis va quant-à lui s’illustrer avec le scénario du surprenant Running Out Of Time de Johnnie To. Installés à Hong Kong, les deux hommes vont non seulement continuer de prêter leur plume à certains réalisateurs, dont Tsui Hark, mais aussi assister aux tournages et apprendre de grands noms comme Wong Kar-Wai. Ce n’était donc qu’une question de temps avant qu’ils ne se décident à passer eux-mêmes à la mise en scène, et c’est la création de leur propre société de production aux côtés de la réalisatrice Kit WongLes Nuits Rouges Du Bourreau De Jade. On dit souvent que ce qui caractérise le cinéma de Hong Kong c’est son mélange de genres, et la folie de son spectacle. La première réalisation du duo fait penser, dans un premier temps, à un mélange de leurs différentes passions, sensation qu’on retrouve dans beaucoup de films mis en scène par des réalisateurs qui sont passés de cinéphiles à artistes. Le défi lorsqu’on vit une telle évolution de carrière est donc de réussir à conserver une identité personnelle. qui va leur permettre de franchir cette étape avec Les Nuits Rouges Du Bourreau De Jade.



 On dit souvent que ce qui caractérise le cinéma de Hong Kong c’est son mélange de genres, et la folie de son spectacle. La première réalisation du duo fait penser, dans un premier temps, à un mélange de leurs différentes passions, sensation qu’on retrouve dans beaucoup de films mis en scène par des réalisateurs qui sont passés de cinéphiles à artistes. Le défi lorsqu’on vit une telle évolution de carrière est donc de réussir à conserver une identité personnelle. Cette ambition semble encore plus complexe dans le cadre d’une co-production, puisqu’on peut imaginer que les contraintes sont parfois importantes. C’est évident à la vue des Nuits Rouges Du Bourreau De Jade, quand les différents acteurs s’expriment tous dans une langue différente. Les dialogues s’échangent donc en français, en cantonais, et même en taiwanais. Plus surprenant, les personnages se comprennent sans que cela ne choque réellement. Ce parti-pris, justifié par la co-production française qui impose que la moitié des dialogues soient en français, s’inscrit en effet bien dans le récit.

Le casting est très éclectique, et pas seulement parce que des acteurs français se sont glissés au milieu des interprètes asiatiques. Ainsi, les jeunes Maria Chan et Stephen Wong viennent donner la réplique à des vétérans. Mais ils restent finalement plutôt en retrait, comme si leur véritable rôle n’était autre que de donner plus de relief à la véritable attraction, l’habituée des catégories trois Carrie Ng. Il serait bien sûr réducteur de résumer sa carrière à ce genre à part qui a connu ses heures de gloire dans les années 90. Actrice versatile, elle s’illustre notamment par quelques prestations dramatiques mémorables qui lui permettent de ne pas s’enfermer totalement dans un registre. Néanmoins, il est évident que sa présence dans des œuvres comme Naked Killer lui confère une image forte qui n’est pas étrangère au choix des réalisateurs.

Présentée dès les premières scènes comme une dominatrice, elle écrase l’ensemble du casting par une prestation aussi terrifiante qu’envoûtante. Une dualité à l’image du film, qui s’appuie sur un fétichisme violent tout en évitant la complaisance malsaine. La première scène de torture peut paraître un peu gratuite avec sa couche de latex rappelant la prison de carbone de Han Solo dans L’Empire Contre-Attaque, mais elle est très représentative de l’ambiguïté de ce personnage. Entre séduction, domination et violence, on s’étonne également de sa relation avec son amant, dont les fondements sont pour le moins mystérieux. Carrie Ng entoure son personnage d’une aura forte grâce à un jeu bien plus subtil que ce qu’on pourrait croire, ce qui contribue à la rendre plus mémorable.


 On a donc la sensation que la direction d’acteurs est plutôt rigoureuse. Outre le jeu restreint de Carrie Ng, qu’on a vue plus expansive dans certaines catégories trois, on peut constater que Frédérique Bel s’inscrit dans l’héritage très français du film noir, arborant un trench coat qui n’est pas sans rappeler celui d’Alain Delon dans Le Samouraï, tout en adoptant une attitude de femme forte à contre-emploi. On s’attend bien sûr à une véritable dualité entre l’actrice française et l’icône hongkongaise. Mais contre toute attente, le personnage de Catherine n’a rien d’une héroïne à laquelle on va s’attacher. Le duo de réalisateurs a en effet fait le choix de dépeindre une galerie de protagonistes aux actes plutôt répréhensibles. Dans ce monde presque surréaliste, personne n’est innocent. Ce parti-pris est intéressant mais aussi déstabilisant. On en vient parfois à se demander si Courtiaud et Carbon ne prennent pas plaisir à faire souffrir leur actrice.

Et il faut bien avouer qu’on attend plus d’assister à sa prochaine souffrance qu’à une éventuelle victoire. Il faut dire que le duo privilégie le personnage de Carrie Ng à celui de Frédérique Bel. Ce choix est intéressant, mais on aurait souhaité qu’il soit davantage revendiqué. En effet, la dualité dont il était question plus tôt, et qui semble lier les deux principaux protagonistes n’existe finalement pas vraiment, ce qui donne l’impression de ne pas assister au spectacle prévu. Certaines scènes, entièrement bâties sur cette supposée opposition sont pourtant mémorables, et laissaient augurer un affrontement passionnant. On pense notamment à un jeu de piste de chaussures en pleine rue qui devient un duel digne des meilleurs westerns grâce à une montée en tension prenante et un montage très efficace. Ce jeu du chat et de la souris donne également lieu à une scène de sniper intéressante. Mais l’héroïne française n’est jamais à la hauteur de son adversaire chinoise. Elle subit les événements sans jamais représenter une menace d’envergure, et ne parvient pas à s’imposer comme un double convaincant. La dernière partie du film met la difficulté de ce parti-pris en exergue, rappelant le final du Heroic Ones de Chang Cheh. On comprend que les contraintes de la co-production n’ont pas permis de faire de Carrie Ng le véritable rôle principal, mais on le regrette également en songeant au potentiel plus important encore de ce personnage.

Néanmoins, à l’image des fameuses scènes de torture, dont le rythme est très travaillé, on peut estimer que même si le rôle de l’arnaqueuse française aurait aisément pu être réduit, il permet de savourer davantage encore les apparitions de la dominatrice chinoise. Comme si Carbon et Courtiaud avaient décidé de faire souffrir le spectateur en même temps qu’ils lui procurent du plaisir. La mise en abîme est de toutes manières un élément primordial de leur cinéma, comme le montrent les scènes d’opéra. Ces passages, réglés par l’acteur et maître d’opéra Law Kar-Ying, sont en phase avec le récit, et confirment que son centre d’intérêt est bien le personnage de Carrie Ng. Mais outre leur intérêt narratif, on peut apprécier leur puissance émotionnelle, à l’image de la dernière représentation, très forte, dont l’impact rappelle autant le Vengeance ! de Chang Cheh que le Mulholland Drive de David Lynch. Une référence pas si innocente qu’on pourrait le croire, tant le récit baigne dans une aura mystérieuse, presque à la limite du surnaturelle. En faisant le choix de ne pas surcharger l’intrigue d’explications, et en exploitant l’image forte de l’opéra, les réalisateurs donnent un aspect de légende à une histoire dont certains éléments sont pourtant très ancrés dans une certaine réalité. La bande originale, comme la plupart des éléments du film, est complexe, mélangeant les sonorités, mais toujours avec beaucoup de succès. On s’étonnera d’entendre quelques mélodies électroniques rappelant la partition de Vangelis pour Blade Runner, lors d’une scène s’appuyant sur l’image, l’apparence et l’identité, donnant beaucoup de pertinence à ce qui peut faire penser à un hommage musical.



Mais plus que l’histoire, plus que la musique, ou même que l’ambiance, c’est vraiment le travail visuel qui fait des Nuits Rouges Du Bourreau De Jade une œuvre personnelle, qui dépasse le simple mélange d’influences ou de citations. Dès le premier plan, on constate que le travail sur la photographie est d’une minutie incroyable, transcendant un budget qu’on devine modeste, pour présenter des images très belles. L’utilisation du rouge paraît être en phase avec les thèmes du film et sa violence, et rappelle l’une des meilleures répliques de C’est Arrivé Près De Chez Vous, à savoir l’inoubliable tirade de Benoît Poelvoorde sur la couleur rouge et ce qu’elle représente. Mais surtout, chaque cadrage est étudié comme une véritable peinture, dans laquelle la place de chaque objet, chaque personne a un sens, doit avoir un attrait visuel. De ce point de vue, on retrouve un sens de l’esthétique très proche du cinéma japonais et même du manga. On a ainsi parfois l’impression de reconnaître certaines influences ou inspirations, mais Carbon et Courtiaud parviennent à créer leur propre univers, comme en témoigne leur façon de filmer Hong Kong.

Là encore, le risque de céder à la citation était facile, en particulier en réutilisant certains décors ayant servi à des réalisateurs de l’ex-colonie (on pense notamment au restaurant de PTU). Mais là où Johnnie To, les frères Mak, ou plus récemment Edmond Pang peignent une ville aux ruelles exiguës, surpeuplée et à la vie presque étouffante, le duo français donne beaucoup de densité à ses paysages. Les prises de vue sont très différentes de ce qu’on a l’habitude de voir, et sans donner l’impression d’être une visite touristique, leur plongée dans Hong Kong donne vie à l’amour qu’un expatrié peut ressentir pour sa terre d’adoption.

Les Nuits Rouges Du Bourreau De Jade n’est pas un film de Hong Kong. c’est un film sur Hong Kong, sur son cinéma, sur ses acteurs, et sur ce qui fait que la ville nous passionne. Elle devient un moteur narratif autant qu’un véritable personnage, et permet aux réalisateurs de développer un univers personnel au fil d’un récit dont les enjeux sont un peu biaisés par certains contraintes de production, mais qui témoignent d’un potentiel qui donne envie de suivre leurs prochains projets. La violence, esthétique mais brutale, ne sera pas du goût de tout le monde, mais ne verse pas dans la complaisance malsaine. Un premier film prometteur.

Interview: http://www.hkcinemagic.com/fr/page.asp?aid=353

mardi 3 mai 2011

World War Z

 
Depuis la sortie en 2005 de Shaun Of The Dead, une grande partie de la production zombiesque est composée de comédies, ou de zomédies pour employer un terme plus adapté. Comme si l’éventualité de voir les morts se relever prêtait à rire. Si ce parti-pris est moins présent dans le jeu vidéo, on en trouve des traces dans la série de Dead Rising par exemple. Aussi, lorsque l’on a pu découvrir il y a deux mois la première bande annonce du jeu Dead Island. Ce fut avec un plaisir non dissimulé. En effet, ce court-métrage adoptant un montage emprunté au Memento de Christopher Nolan parvient à raconter une véritable histoire en à peine trois minutes. Emotion, peur et horreur sont les ingrédients de cette recette qui renoue avec l’essence du mythe du zombie. Car on a tendance à oublier que les morts-vivants sont effrayants et que rien ne les arrête. Après un Guide De Survie En Territoire Zombie écrit avec un soin particulier et un second degré mordant, Max Brooks continue d’exprimer son amour pour les zombies avec ce véritable roman sociologique. Et il va adopter une vision très proche de ce qu’on a pu voir dans le trailer de Dead Island. Dès l’introduction, on comprend que le ton sera bien plus dramatique. La structure adoptée n’est pas celle d’une narration romanesque, puisque le texte est composé d’une succession d’interview. Le narrateur est un membre de l’ONU dépêché pour obtenir des données brutes sur la guerre Z, durant laquelle les goules ont envahi la terre. Dès cette introduction, le ton est cynique, montrant à quel point l’humain peut avoir une attitude inhumaine, même dans les pires situations. World War Z s’inscrit en effet dans l’héritage direct des œuvres de Romero, utilisant l’horreur comme moteur d’une dénonciation. La forme du roman se prête tout à fait à cet exercice pour plusieurs raisons. Pour commencer, les interviews sont nombreuses et dans l’ensemble assez courtes. Leur longueur donne beaucoup de rythme à l’intrigue, tout en permettant de développer des points intéressants. Mais surtout, à l’image de son narrateur, Brooks a manifestement effectué un travail de recherches préalables d’une densité impressionnante. C’est en effet un véritable tour du monde qu’on opère, et chaque description est très crédible. On a presque la sensation de lire un roman sociologique, qui décortique les fonctionnements de la société et s’appuie sur des données qui semblent fiables.


 


Mais contrairement aux exigences de la chef du narrateur, l’intervieweur et à travers lui l’auteur vont s’intéresser davantage à l’humain. Il y a une véritable réflexion sur la nécessité de donner un visage au conflit, aux victimes, de ne pas se contenter de présenter froidement mais les événements, mais au contraire de les humaniser, afin de faire prendre conscience de l’ampleur de l’horreur. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Brooks ne ménage pas son lecteur. S’appuyant sur une présentation chronologique des événements, développant ainsi le pendant et l’après, il commence par nous plonger dans un cauchemar horrifique dans une chine secrète et menaçante. C’est bien simple, on se croirait dans une description de l’apartheid, avec la disparition de témoins gênants, la participation active de l’armée à des opérations pour le moins douteuse et la loi du silence. Mais l’horreur n’est jamais loin et de ce point de vue, les scènes sanglantes sont d’un réalisme effrayant. Il n’y a pas de complaisance malsaine, mais les détails ne nous sont pas épargnés et on s’imagine aisément ce dont il est question. Du point de vue de la narration, l’immersion est également très forte, on a réellement l’impression de se faire raconter les événements de vive voix. Ce parti-pris se révèle donc rapidement très efficace. Et pas seulement parce qu’il permet de se plonger dans l’intrigue. Certains chapitres présentent ainsi des points de vue multiple sur un même conflit. Le plus frappant étant le conflit Israelo-Palestinien. Plutôt que de prendre parti pour l’un ou l’autre, Brooks fait le choix d’adopter le point de vue de chacun, évitant les clichés pour s’interroger sur les raisons de cette guerre. Il interroge également sur le sens que peuvent avoir les conflits quand le monde entier est sur le point de s’écrouler. Mais surtout, il dépeint une réalité nuancée et sans jugement. Ainsi, même lorsqu’on ne partage pas les idées des personnes interviewées, il devient facile de s’identifier à elles et de comprendre leurs motivations, même si on ne les accepte pas toujours. Surtout quand on se rend compte que le manque de confiance peut être la base de massacres.

Cette humanité dévorante donne beaucoup d’impact aux scènes les plus intimistes qui sont d’ailleurs nombreuses. Ce choix permet de rendre certaines situations déchirantes, comme au début de l’infection où les familles de personnes infectées ne comprennent pas pourquoi on leur fait abandonner leurs proches. Les remises en question des méthodes de l’armée, y compris contre ses propres concitoyens, est également bien plus forte grâce à ce procédé. Car Brooks s’interroge sur les fondements de notre civilisation, du moins ce qu’on croit en être les fondements, et la façon dont ils peuvent être facilement bouleversés, ignorés, voire bafoués en temps de crises. Plusieurs interrogatoires musclés auront donc lieu et nous rappelleront que même quand le monde s’écroule, la solidarité n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire. A ce titre, le témoignage d’un soldat russe se révèle particulièrement éprouvant. On y apprend comme une tentative de mutinerie face à un traitement inhumain est contenue par les spetnaz, les groupes d’intervention de la militzia. Mais le pire est à venir, puisque les soldats sont alors menacés d’une arme et poussés à s’entretuer. L’horreur est donc omniprésente, mais elle n’est que rarement là où on pourrait le croire. Les grands tentent à tout prix de conserver leur pouvoir, et même les faibles ne sont pas toujours aussi bons qu’on aimerait le croire. L’interview de l’ancien directeur de campagne de la maison blanche est ainsi plutôt révélatrice, puisqu’on y apprend le refus du gouvernement d’avouer qu’il n’existe pas de remède contre la pandémie. Refus justifié par le fait qu’avoue cette faiblesse constituerait un suicide électoral. Pire encore, Brooks décrit les dérives des lobbys pharmaceutiques, qui présentent un vaccin contre la rage en sachant qu’il s’agit d’un placebo. La mise en évidence du réseau complexe impliqué dans ce genre d’escroquerie est aussi crédible qu’effarante et rappelle une réalité plus terrifiante que toutes les invasions de zombies du monde. Tactique facilitée par le silence (et même dans une certaine mesure l’aide) du gouvernement. Mais l’une des scènes les plus révoltantes se déroule en Himalaya, en pleine fuite de la population. Il est question d’une femme enceinte basculant dans le vide, à la vue de tous, sans que personne ne cherche à l’aider, privilégiant sa propre fuite. Mais la perte d’humanité s’exprime pleinement dans le rapport à la modernité. Une infirmière racontant le meurtre d’un collègue sur son blog pour attirer des lecteurs est aussi répugnant que proche de la réalité. Ce manque d’empathie est encore plus frappant lorsqu’un groupe de starlette s’enferme dans une maison fortifiée en Inde et décide de créer sa propre tv-réalité. Outre l’indécence de continuer à vivre dans le luxe quand la plupart des gens se battent au quotidien pour survivre, ces personnes continuent d’exhiber leur vie au mépris des souffrances des autres.




Mais malgré ce portrait profondément pessimiste d’une civilisation en pleine perdition, Brooks n’est jamais complètement cynique, et il semble subsister quelques lueurs d’espoirs dans son univers. Cette construction nuancée donne beaucoup de crédibilité à un récit qui se vit grâce au ton très vrai des interviews. C’est en rencontrant un assistant de Paul Redecker que l’on comprend que tout n’est pas blanc ou tout noir dans World War Z. Paul Redecker est le créateur d’un plan destiné à assurer la survie de l’espèce humaine. Conçu de façon scientifique, il est destiné à limiter les pertes humaines, tout en exigeant des sacrifices évidents. Ecrit sans aucun sentiment et sans aucune considération, ce plan tel qu’il est décrit glace le sang. Mais les apparences sont parfois trompeuses, comme on l’apprendra à plusieurs reprises. On pense en effet souvent que la CIA est une organisation toute puissante, omniprésente et omnisciente, mêlée à tout événement politique ou mystérieux. Mais si l’on en croit un membre de l’agence, la connaissance, arme la plus importante, s’obtient difficilement, et les actions de la CIA sont finalement plus souvent des réactions. Et en temps de guerre, y compris de guerre contre des morts-vivants, il faut être capable de s’adapter. Ainsi, un documentaire sur un assaut mené contre un fort rempli d’étudiants va-t-il devenir le médicament dont avaient besoin les survivantes souffrant d’un syndrome dépressif post apocalyptique. Pas parce que les étudiants ont survécu, non, mais parce qu’ils ont été héroïques, qu’ils ont été solidaires, qu’ils sont restés côte à côte du début à la fin. Du moins dans le documentaire, car la réalité est tout autre, et la merveille du cinéma a opéré en salle de montage où le réalisateur a pris soin de supprimer les scènes de jalousie, de mesquinerie, les mensonges, et les tromperies, qui composent pourtant le quotidien de tous. 

Mais si World War Z est une véritable plongée dans l’esprit humain et semble parfois s’éloigner de sa menace la plus directe, les zombies, les morts-vivants réservent au lecteur une quantité de scènes à la tension insoutenable plus qu’appréciable. Une course-poursuite à travers les murs en plastique des maisons d’un bidonville devient trépidante quand les dangers surgissent de tous les côtés.  Le quotidien misérable d’une famille va devenir infernal quand le père va se sacrifier pour permettre à son épouse et sa fille de s’enfuir. L’épisode le plus horrifique est certainement celui qui voit des survivants parisiens s’échapper dans les égouts. Outre les difficultés pour survivre dans un tel lieu, à la lumière limité, aux odeurs insupportables, et à la claustrophobie étouffante, la présente d’infectés menaçant de devenir des zombies d’un moment à l’autre va transformer la fuite en cauchemar. Ce chapitre est d’une violence viscérale renforcée par la description très précise des lieux et des conditions de survie. Viennent ensuite les conflits armés, pendant lesquels des militaires surarmés vont être submergés par les goules contre lesquelles leurs armes ne suffisent pas. Les morts-vivants sont lents, mais ils sont nombreux, et avancent jusqu’à ce qu’on les pulvérise, jusqu’à ce qu’on détruise leur cervelle. C’est cette avancée inexorable qui rend les zombies menaçants, c’est pour cette raison qu’ils n’ont pas besoin de courir comme des sprinteurs olympiques pour être terrifiants, et c’est pour cette raison que les zombies sont plus menaçants que les infectés. Max Brooks crie son amour pour ces créatures tout au long des près de 600 pages de son roman, autant qu’il crie son amour de la réflexion, sa volonté d’explorer l’âme humaine, et son amour de la recherche, qu’elle soit politique, sociologique, historique, géographique, ou scientifique. Il y aurait encore beaucoup à dire sur les situations rencontrées et les qualités du roman, mais le mieux est encore de le lire, car c’est une expérience qu’on doit vivre pleinement.


World War Z n’est pas juste un roman fantastique, c’est une véritable étude sociologique, à la densité incroyable. Mais ce travail de recherches dantesque marque grâce à un travail d’écriture tout aussi spectaculaire, qui donne vie aux nombreux interlocuteurs, et qui rend leurs propos vrais. Les situations sont nombreuses et originales, et on a réellement l’impression d’assister à quelque chose. Max Brooks a déclaré lorsque les droits d’adaptation de son film au cinéma ont été achetés par la société de Brad Pitt, qu’il n’accepterait qu’on en fasse un film uniquement si c’était dans l’optique d’en faire le « Seigneur Des Anneaux du film de zombies ». Et si le projet semblait au point mort dernièrement, l’annonce du casting de Mireille Ennos (The Killing) pour jouer l’épouse du personnage joué par Brad Pitt est plutôt rassurante. Espérons un film à la hauteur du roman, même s’il évident qu’il ne pourra pas être adapté tel quel. Un livre que tout fan de zombies se doit de lire.

samedi 30 avril 2011

Action Comics 900

 
Il existe une tradition dans le monde des comics qui remonte à des temps immémoriaux. Elle consiste à faire de chaque centième numéro d’un titre une véritable fête. Scénaristes et dessinateurs célèbres ou ayant tout simplement travaillé sur la série sont alors invités à l’événement, soit dans le cadre d’un long épisode s’inscrivant dans la continuité de la série habituelle, soit dans le cadre d’une succession de petites histoires, généralement plus intimistes que la moyenne. Action Comics est une publication qu’on qualifier sans exagérer de légendaire. C’est en effet dans le premier numéro, publié en avril 1938 que Jerry Siegel et Joe Sushter ont présenté au monde l’un des plus grands super héros existants, Superman. Pendant des décennies, l’homme d’acier va donc être l’attraction de ce titre, jusqu’à récemment, puisque depuis l’épisode 875 il s’en est éloigné. Aujourd’hui, c’est de l’épisode 900 dont il est question, un numéro qu’on peut qualifier d’impressionnant. Et Dc comics a décidé de mettre les petits plats dans les grands en invitant une liste d’auteurs illustres. Outre Paul cornell, scénariste actuel, on retrouve ainsi Damon Lindelof, co-créateur de la série tv Lost, Paul Dini, célèbre pour sa participation au dessin animé Batman des années 90 et toute une série d’épisode de Detective Comics, Geoff Johns, qui s’est illustré sur Green Lantern, David S. Goyer, qui a co-écrit les scénarios des Batman de Christopher Nolan, et Richard Donner, réalisateur de Superman Le Film. Ce sont les noms les plus célèbres que l’on trouve dans ce numéro spécial, et ils sont épaulés par des artistes talentueux qui apportent tous une touche personnelle aux exploits de l’homme de Krypton.
 

Et pour bien démarrer, Paul Cornell offre au lecteur l’affrontement final entre Superman et son ennemi juré, Lex Luthor, qui conclue le terrible arc Reign Of Doomsday. Cette cinquantaine de pages s’inscrit donc dans la continuité d’une histoire et peut décontenancer par l’alternance des histoires. Deux partis pris radicalement opposés s’affrontent durant ces cinquante pages. C’est en suivant superman qu’on apprend que Superboy, supergirl, Steel, Eradicator, et le cyborg Superman ont été capturés par Doomsday. Ce personnage est célèbre pour avoir combattu l’homme de Krypton jusqu’à la mort dans le final du méga-crossover The Death Of Superman en 1993. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que son retour a été fracassant, puisque l’effroyable créature a passé les épisodes précédents à massacrer tous les héros affiliés à Superman, manifestant au passage des pouvoirs accrus, mais aussi la capacité de dupliquer ces de ses adversaires. Cette partie de l’intrigue est pleine de suspense et d’action, et s’inscrit tout à fait dans la logique du titre. Mais c’est plutôt l’affrontement entre l’homme d’acier et son ennemi de toujours Lex Luthor qui marquera les esprits. Annoncée comme leur ultime confrontation, cette rencontre est bien plus intimiste et s’appuie sur les fondements de chacun des personnages. Certains éléments ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le dernier épisode du All-star Superman de Grant Morrison. Mais Cornell parvient à construire un crescendo dramatique qui lui est propre, et qui culmine dans un final surprenant mais bien amené. Cette conclusion (mais en est-ce vraiment une ?) ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais elle résume très bien les liens qui unissent les deux adversaires ainsi que la complexité et l’ambiguïté de l’identité de chacun. Mais c’est surtout la comparaison entre leurs deux destins qui permet de remettre en perspective leur essence, et de ce point de vue, l’écriture de Cornell est à la hauteur. Pete Woods aux dessins ne démérite pas, dans un style qui rappelle parfois le dessinateur de Marvel Terry Dodson, qu’on a pu voir à l’œuvre dans Marvel Knights : spider-man. Il parvient à créer ce sentiment d’alerte permanent, tout en exprimant bien les émotions des protagonistes, son crayon est fin et esthétique, dans un style très comics, sans trop verser dans le cartoon. Mais c’est véritablement dans la dernière partie de cette histoire que dessinateur et scénariste vont se dépasser pour donner au lecteur son quota de frissons… Avant de laisser la porte ouverte aux artistes invités pour l’occasion.



C’est Damon Lindelof, scénariste de la série Lost, qui ouvre le bal avec une histoire simple mais touchante. Les adeptes de la série ont déjà eu l’occasion de constater la facilité avec laquelle il parvient à rendre ses personnages attachants, et une fois de plus, il parvient à dire beaucoup en peu de pages. La non linéarité de la chronologie donne envie de relire immédiatement l’histoire, sans que sa compréhension soit complexe, mais plutôt afin d’en saisir la profondeur dans son ensemble. Le découpage très cinématographique s’inscrit pleinement dans cette attention aux détails, qui donne vie à des scènes crédibles. L’alternance des scènes, appuyée par des changements de couleurs adaptés, permet de varier les tons et d’accompagner les émotions. Il faut dire que les dessins de Ryan Sook dégagent une véritable sincérité, n’exagérant jamais les traits ni les expressions pour un rendu plutôt réaliste qui sied au ton de l’intrigue. Une histoire courte mais forte plaisante. C’est le fameux Paul Dini qui prend la suite pour une histoire d’à peine trois pages qui se présente immédiatement comme plus fantaisiste. L’aspect extra-terrestre est mis en avant tant visuellement que narrativement, lors d’une conversation à la limite de la théologie. Le travail sur la couleur est très intéressant, mais Superman a davantage l’air d’un clown costumé que d’un héros intergalactique. La conclusion, d’une gentille ironie, nous rappelle néanmoins que la plus grand force de Dini, c’est le développement de la psychologie de ses personnages. L’histoire de Geoff Johns semble agir en miroir de celle de Dini, présentant une tranche de vie de Lois et Clark, tout en rappelant que le plus humain des aliens n’en reste pas moins un extra-terrestre. Là encore, la durée de trois pages (dont une double) ne permet pas de développer une intrigue conséquente, mais est exploitée avec beaucoup d’intelligence par un scénariste qui connaît l’univers de Superman, et un dessinateur qui marie le côté cartoon et le réalisme avec beaucoup d’harmonie.


C’est David S. Goyer, co-scénariste de Batman Begins et The Dark Knight qui s’occupe de raconter une histoire appelée Incident. Ce dernier a écrit le scénario du reboot cinématographique des aventures de l’homme d’acier, Superman : Man Of Steel. Il a annoncé à cette occasion qu’on y découvrirait un Clark Kent reporter de guerre couvrant les conflits militaires aux quatre coins de la planète. Ainsi, en voyant Superman voler jusqu’en Iran et s’interposer entre des manifestants et l’armée, on peut se demander si le scénariste ne livre pas quelques pistes de son film. Mais au-delà de ces interrogations, il est intéressant de noter la polémique qu’a soulevé cette histoire depuis sa parution. On y voit en effet le héros renoncer à la nationalité américaine, afin que ses actes, qu’ils soient politiques ou non, ne soient pas associés au gouvernement des USA. Comme si Goyer évitait à son Superman de devenir le mercenaire pathétique dépeint par Frank Miller dans The Dark Knight Returns. Mais surtout, il convient de s’interroger sur la portée de cet acte, surtout quand on voit la façon dont il est interprété par les lecteurs américains, et dont il serait certainement interprété par les américains du comic. Qu’est-ce que se battre pour le rêve américain finalement ? Récemment, on a davantage lu ce genre d’interrogations dans les pages de Captain America, mais Superman est tellement associé à l’Amérique, qu’on ne peut que se féliciter de voir cette question soulevée. Elle l’était déjà plus ou moins dans le Superman Red Son de Mark Millar, qui voyait son vaisseau atterrir en URSS et non aux USA. Mais cette fois, le héros choisit lui-même de renoncer à cette part de son identité, développant sa quête identitaire entamée avec l’arc décrié de J.M Straczynski, Grounded. Veut-il se battre pour défendre les idéaux américains, ou bien son combat est-il bien plus important ? Il y a une véritable remise en perspective des enjeux de son existence même, et du combat qu’il a mené jusque-là. Ce parti pris, pour le moins audacieux, ouvre la porte à un nombre incroyable de possibilités, et bouscule le statu quo avec une force qui n’est pas du goût de tout le monde. Mais au-delà de cet aspect purement polémique, c’est la qualité de l’écriture qui permet de rendre crédible non seulement le positionnement de Superman, mais aussi les réactions de son interlocuteur. Il s’agit ainsi d’une histoire intimiste digne de la tradition des 100ème numéros, mais aussi de la plus audacieuse de cet épisode spécial. C’est finalement Richard Donner, réalisateur de Superman The Movie, qui nous livre un scénario intitulé Only Human. Et il faut bien avouer que de premier abord, l’ensemble n’est pas très attirant. Outre les dessins tristounets de Matt Camp, on notera un choix de couleurs de fond aussi surprenant que regrettable. L’histoire en elle-même est rédigée sous forme de scénario, avec description et dialogues et montre comment un héros de la classe de Superman peut succomber au plus humain des sentiments la jalousie, illustrant le titre de façon amusante. Sympathique mais pas mémorable.



Finalement, Action Comics 900 est une lecture recommandée pour les fans de l’homme de demain, qui non seulement lirons des histoires intimistes exprimant de façon touchante les raisons qui font que Superman est un héros attachant, mais aussi quelques questions plus audacieuses… et une bonne dose d’action et de suspense !

mercredi 27 avril 2011

72 ans de Batman

Il ya 72 ans, Bill Finger et Bob Kane créaient l'un des super-héros les plus appréciés et appréciables du monde: Batman. Si la première aventure du héros a été publiée en mai 1939, c'est en avril que le héros a été créé par le duo. A cette occasion, voilà une vidéo commémorative des exploits de ce personnage de légence.

jeudi 14 avril 2011

Plaga Zombie

On le sait, la quête du film de zombies oblige le fan à supporter la vision d’une quantité de navets au budget dérisoire et sans aucune vision artistique. Ces productions sont souvent l’occasion pour des metteurs en scène sans personnalité de cachetonner à moindre coût en surfant sur l’engouement d’un certain public pour les méfaits de morts-vivants cannibales. La première image de ce Plaga Zombie donne immédiatement le ton, avec un logo de production franchement amateur mais très drôle, qui rappelle les fameuses têtes réduites ritualisées par certaines tribus d’Amérique du sud. Mais au-delà de cet aspect à priori peu ragoûtant, c’est surtout l’esprit de camaraderie qui en émane qui interpelle. Cette zomédie est en effet une véritable ode à l’amitié, et il est évident que les trois acteurs principaux sont des amis de longue date. Si on consulte leur filmographie, on constate qu’ils sont avant tout habitués aux courts métrages ou aux films destinés au marché de la vidéo. Néanmoins, Pablo Pares, qui fait également office de co-réalisateur, a eu l’occasion de tourner avec Faye Dunaway, preuve qu’il a su se faire un nom, même modeste. Un avenir qui n’était pas forcément évident à la vue des premiers plans de ce Plaga Zombie. Dire du trio argentin qu’il ne dispose pas d’un budget conséquent relève du doux euphémisme tant la qualité de l’image est risible et les décors limités. Pourtant, cet aspect repoussant est immédiatement compensé par une volonté d’expérimenter visuellement. En effet, les deux réalisateurs multiplient les travellings audacieux, rappelant dans une certaine mesure la folie visuelle des deux premier Evil Dead de Sam Raimi. Dès la première scène, on a l’impression que la caméra est toujours en mouvement, se déplaçant au gré de travellings amples. L’utilisation d’un objectif grand angle donne également beaucoup d’intensité à certaines menaces. Ce plaisir à filmer est évident et contraste nettement avec l’image digne d’un vieux caméscope, qui est certainement ce que l’équipe a employé. Le jeu des premiers acteurs ne trompe pas par contre. Leurs éclats de rire pervers donne presque l’impression d’être dans un vieux film de kung fu comme Thundering Mantis avec Leung Kar-Yan, sensation renforcée par l’emploi de contre-plongées pour appuyer la malveillance des agresseurs. Mais les réalisateurs sont conscients des limites de leur travail, et plutôt que de se laisser freiner, ils vont les exploiter pour alimenter l’humour du film. L’apparition d’un extra-terrestre dont le masque semble être fait en papier mâché est tout simplement hilarante, non seulement à cause du costume, mais aussi grâce au jeu de l’acteur qui se déplace et se tourne avec une fureur aussi inquiétante que drôle. Ce comportement compense d’ailleurs avec l’image habituelle de l’être intergalactique se déplaçant calmement mais sûrement.




L’humour est donc particulièrement décalé, mais fonctionne très bien. En effet, Plaga Zombie prend à contre-pied les productions du genre. Plutôt que d’assener une introduction interminable et de cacher les zombies le plus longtemps possible, l’équipe limite les scènes d’exposition au maximum et réintroduit les morts-vivants après quelques courtes minutes. Ainsi, le langage est avant tout visuel, ce qui assure un humour compréhensible par tous. Les quelques dialogues sont malgré tout très drôle. Il suffit d’entendre l’armoire à glace Berta Muñiz déclarer très sérieusement en espagnol qu’il s’appelle « John West » et qu’il est un luchador de catch pour être frappé par l’ineptie des discussions. Dans un premier temps, on a l’impression d’assister à des scènes de soap opéra (avec le héros traumatisé, l’ami malade…) et on se demande si le jeu des acteurs est volontairement excessif. Puis on comprend qu’il s’agit bien de se moquer de ce genre de divertissement. Passée cette introduction des protagonistes, les dialogues vont devenir de plus en plus incroyables, notamment grâce à l’inoubliable John West et sa tenue léopard de catcheur. Affublé d’un chapeau de cow-boy et ayant l’allure de quelqu’un qui a passé plus de temps à manger qu’à faire du sport, il bénéficie d’une réelle présence à l’écran malgré un physique ingrat. A tel point qu’il devient sans mal le personnage le plus attachant du trio, grâce à sa conviction d’être invincible. On le verra ainsi refuser une arme à feu en expliquant que ses bras et ses jambes sont ses armes. La folie n’est donc pas uniquement visuelle. Elle est globale. Une approche aussi expérimentale du cinéma et de la narration rappelle un autre film de Hong Kong, le surprenant Too Many Ways To Be Number one. Mais malgré cette énergie et l’approche comique, il s’agit bel et bien d’un film de morts-vivants amateurs de sang, et de ce point de vue, l’équipe se montre généreuse. Certaines petites productions transpirent le manque de moyens, mais disposent d’effets gores très réussis. Ce n’est pas le cas de Plaga Zombie, dans lequel même le chewing gum mâché est mis à disposition pour représenter des lambeaux de chair explosant dans tous les coins de l’écran. Mais loin de paraître ridicule, cette inventivité donne un cachet au film et témoigne de la volonté des réalisateurs de faire leur zomédie à tout prix, en donnant au spectateur ce pour quoi il regarde. Et effectivement, les goules ne se contente pas d’arriver très tôt, elles ne quittent plus l’écran jusqu’au générique de fin. Passées les 20 premières minutes, le film se résume presque à une succession d’affrontements entre notre trio et les nombreux zombies qui ont décidé d’investir leur maison. Le nombre limité de décors pourrait ainsi donner l’impression qu’il s’agit d’un huis-clos, mais l’action omniprésente et la course effrénée des héros ne limite jamais le cadre. Il y a malgré tout un véritable sentiment de claustrophobies lors de certaines scènes où les figurants s’entassent dans de petits couloirs, donnant du relief à la menace que peut représenter un groupe, même réduit, de zombies.


Ces réunions de morts-vivants sont l’occasion de constater que les maquillages sont franchement inégaux. Aucun zombie ne se ressemble, ce qui est un peu dommage, car il manque une unité. La plupart sont peinturlurés de vert ou de jaune, mais aussi de substances visqueuses comme le fameux chewing gum mâché déjà évoqué. Le sang est un peu plus convaincant, mais il est évident que les moyens en limitaient la quantité. C’est plutôt dans leur comportement qu’on reconnaît les zombies. Leur démarche est mal assurée, même s’il leur arrive de courir, et ils avancent en balançant les bras et en gémissant bêtement. Certains de leurs comportements sont par contre plus surprenants, comme lorsqu’un groupe joue au poker, ou quand l’un d’eux piège un livreur de pizza qui regrettera d’avoir apporté sa boite en carton. On retrouve l’idée des voyous zombies qui harcelaient une victime vivant et continuent de le faire une fois mort, comme dans Zombie Academy avec Scott Grimes (avant qu’il ne devienne médecin dans la série Urgences). Ce qui conduira d’ailleurs à l’une des scènes les plus perturbantes qui voit un des héros se faire vomir dessus par cinq ou six zombies. Ces derniers essaieront ensuite de le découper avec une vieille tondeuse à gazon, un peu comme sir les morts-vivants de Braindead cherchaient à se venger du sort qui leur avait été réservé dans le film de Peter Jackson. Autre affrontement surprenant, un combat de catch entre le luchador John West et un zombie, précédé d’un duel de regard digne des westerns de Sergio Leone. A ce titre, l’absurdité des dialogues et le côté très cartoon de la violence fait penser à la parodie des films de Leone qu’on pouvait trouver dans Rubriques à Brac de Gotlib. Têtes éclatées à mains nues, seringues remplies de sérum anti-zombies volant avec un effet d’animé japonais, sécateurs arracheurs de tripes dégainés comme des revolvers ou gros plan sur des rots constituent le plat de résistance d’un divertissement généreux et enthousiasmant. Certains plans sont aussi dégoûtant qu’ambitieux, comme cette vue sur l’intérieur des tripes d’un zombie qu’un héros va triturer à mains nues. Faire le descriptif de la demi-heure non stop de violence remplirait l’amateur de joie (à condition qu’il se prépare aux effets franchement amateurs), mais il vaut mieux se lancer dans l’aventure pour avoir la joie d’en découvrir le contenu. La fin est surprenante mais drôle, et donne réellement envie de voir la suite, ce qui est toujours bon signe.



Rarement évoqué par les fans, Plaga Zombie semble pourtant avoir été vu par certains cinéastes. On retrouve ainsi le ton résolument comique que reprendra Shaun Of The Dead (ce dernier se rapproche en effet plus de Plaga Zombie que de Return Of The Living Dead), mais aussi le mélange entre extraterrestres et morts-vivants qui sera la base du scénario de Undead. Véritable bouffée d’air dans une production submergée par les immondices cinématographiques, Plaga Zombie est une curiosité enthousiasmante, très intéressant du point de vue de la mise en scène, et réellement divertissante malgré les effets spéciaux que vous pourriez reproduire avec le contenu de votre cuisine.

lundi 11 avril 2011

It's gonna be LEGENDARY!

Quand on est passionné, on passe une bonne partie de son temps à tenter d'assouvir sa passion. En tant que fan de Christopher Nolan, je possède bien sûr tous ses films, y compris le moyen métrage The Following. Ayant déjà critique ses 2 Batman, ainsi qu'Inception, à propos duquel j'ai d'ailleurs rédigé une théorie. A l'occaion de la sortie du film, je ne pouvais pas passer à côté de la version collector.... ni du livre du scénario, comportant quelques planches de story-board crayonné par Nolan lui-même, ainsi qu'une conversation entre lui et son frère Jonah (qui écrit souvent les scénarios avec lui) à propos de la réalisation du flm, et de la mise en scène en général.

La mallette contenant la fameuse édition collector.

Une édition bien remplie

Le livre contenant le scénario, vendu à part

Le dvd des bonus ainsi que le comic book prologue du film, écrit par un des producteurs.
 


Le dossier de presse making off, ainsi que les deux bluray et le dvd du film.


Pour compléter les articles déjà existants, je rédigerai prochainement des anayses des autres films de Christopher Nolan. Pour assouvir mes autres passions, je n'ai pas à chercher bien loin. En effet, la profusion de films au budget dérisoire et aux qualités souvent inexistantes assure aux insatiables fans de zombies la possibilité de se gaver de massacres de morts vivants. Mais cette tendance à surexploiter le filon, souvent sans talent, a également donné une image peu flatteuse au genre. C’est d’autant plus regrettable que le film de zombies a eu ses lettres de noblesse, notamment grâce à celui qui a défini l’image moderne du mort vivant, George A. Romero. Ainsi, le genre a acquis la reconnaissance, comme en témoigne les hommages de certaines séries tv. Les Simpson invitent régulièrement des célébrités, et dans la saison 12, c’est Tom Savini qui intervient dans « le pire épisode ». Savini est l’une des maquilleurs les plus réputés, en particulier pour son travail sur les films de Romero et le premier « Vendredi 13 ». Entre parenthèse, il est aussi réalisateur, acteur et cascadeur (avec plus ou moins de réussite dans ces domaines). Son art est représenté de façon hilarante dans le dessin animé, à coups d’explosions de ventre, et têtes détachées et de mains qui lévitent.


La série « Weird Science » (« Code Lisa » en France) a également mis le genre en valeur dans l’épisode 12 de la saison 4 où les héros tentent de réaliser un film de zombies. Grâce aux pouvoirs du génie, les figurants vont être remplacés par de vrais morts vivants, conduisant à une course poursuite farfelue. Bien sûr, d’autres séries dont les thèmes sont centrés sur le fantastique ou l’horreur ont également exploité l’image des morts-vivants. A commencer par l’épisode 12 de la saison 5 de « Tales From The Crypt » (« Les Contes De La Crypte » chez nous) dans lequel il est question de vaudou et d’hommes trahis par leurs amis qui reviennent se venger après la mort. Plus récemment, l’épisode « Homecoming » réalisé par Joe Dante pour « Masters Of Horror » a tenté de renouer avec le discours social que permet l’utilisation des zombies, pour un résultat un brin douteux (qui méritera d’ailleurs un article). « Fear Itself », qu’on peut considérer comme la 3ème saison de « Masters Of Horror », a également mis en scène des goules, dans un épisode qui base toute son histoire sur son twist. « New Year’s Day » est réalisé par Darren Lynn Bousmann, que les amateurs de Saw connaissent bien. Photographie réussie, mais réalisation clippesque et impersonnelle, le plus gros problème de cet épisode qui reste sympathique, est de ne s’appuyer que sur son twist, alors qu’il est difficile de ne pas prévoir l’issue. Le côté nihiliste de l’ensemble reste agréable malgré tout.



 
Mais le cinéma, la télévision et la littérature ne sont pas les seuls médias dans lesquels on peut retrouver nos goules préférées. Avec l’explosion des jeux en téléchargement sur les plates-formes comme le xbox live, le wii ware et les applications pour I-phone, les mini jeux prenant les zombies comme protagonistes sont également très nombreux. La société Fabrication Game l’a compris, en promettant de livrer le meilleur jeu pour I-phone. Leur stratégie ? Consulter les statistiques des recherches d’application, supprimer les personnages sous copyright comme Mario ou les sims, et utiliser les mots qui revenaient le plus souvent. Le résultat ? « Free Zombie Hero – Angry Ninja War ». Ayant eu l’occasion de jouer à ce jeu, et à d’autres applications sur les morts vivants sur I-phone, je dois dire qu’il s’agit, pour moi, du plus marquant. On sort du traditionnel shooter vu du dessus, ou du tps à la jouabilité archaïque à cause de déplacements impossibles avec l’écran tactile. Le but est simple : enfiler les collants de Zombie hero et sa cape, et sauter sur des ninjas pour enchaîner les scores et les bonus. Toucher le sol signifie perdre un membre, jusqu’à n’être plus que de la purée. Simple, le jeu est appuyée par une bande son aussi entrainante qu’obsédante, pour un résultat qui devient vite addictif. Vraiment très très sympathique. Le defense tower a également eu droit à ses représentants avec l’amusant « plant vs zombies », qui ne donne plus envie de lâcher la manette. Parmi les autres titres à l’humour évident « Pirates Vs Ninjas dodgeball », dans lequel les parties de balle au prisonnier sont toutes plus violentes les unes que les autres. Il est possible d’incarner une équipe de morts vivants étonnamment pleins de vie. Le résultat ne mérite pas de dépenser une fortune, mais à moindre coût, voilà un jeu qui promet des soirées endiablées entre amis.


Et si les fans de morts-vivants ont un grand nombre d’occasions pour assouvir leur passion, on trouve également largement de quoi satisfaire ceux qui ne jurent que par Green Lantern ou La Chose. Outre l’augmentation exponentielle de films dédiés aux super-héros, et bien sûr les revues dans lesquelles on peut lire leurs aventures, on trouve de plus en plus de dessins-animés, comme le démontrent les carrières de spider-Man, qui comptabilise à lui-seul pas moins de 6 dessins animés et 2 séries tv, ou de Batman. Outre ces aventures télévisuelles, dont on trouve facilement la trace sur internet, la popularité de nos héros permet de trouver très facilement des vêtements à leur effigie, certaines enseignes ayant notamment signé un contrat avec Dc l’an dernier et proposant des t-shirt présentant des couvertures classiques. Aux Etats-Unis, on peut trouver tellement d’articles dédiés aux héros qu’il est difficile d’en faire une liste. De la vaisselle aux serviettes de bain en passant par les figurines plous ou moins grandes, pour finir par des distributeurs de bonbons, les héros sont partout. Les figurines sont d’ailleurs plus que jamais à la mode, comme l’explique en images DDaDDy DDoDDu sur son blog : http://contesdehellskitchen.blogspot.com/search/label/Marvel%20Minimates%20Daredevil.

Et comme les justiciers masqués ne sont pas des brutes, on peut même les retrouver en jeu de société, comme dans cette variation du jeu Stratego.








Je parlais plus tôt des T-shirts, plus en vogue que jamais, voici ma petite collection personnelle (à noter qu l'un d'eux n'est pas à moi, je vous laisse deviner lequel...)









Comme à chaque fois qu’un thème devient un phénomène populaire, il faut dissocier le bon du mauvais, mais avec une telle quantité d’articles, chacun est en mesure de trouver son bonheur. Le principal, c’est de rester passionné et de ne pas céder à la consommation réflexe ou à l’overdose !

jeudi 7 avril 2011

La Divine Comédie


Il y a des lectures qui glacent le sang, et dont l’impact se mesure des années après leur découverte. Si C’est Un Homme de Primo Levi peut difficilement laisser indifférent, tant sa description de la survie dans un camp de concentration est immersive. Le chapitre évoquant certains passages du volume L’Enfer de La Divine Comédie prend alors un sens particulier. Le choix de vers particulièrement fatalistes entonnés par les déportés rappelle le désespoir profond de leur quotidien et le manque d’humanité de leurs conditions de vie. Mais il démontre également que le dénuement le plus total ne soustraie pas l’homme de sa spiritualité. Ces citations m’ont longtemps marqué, sans que j’entreprenne pour autant la lecture de l’œuvre de Dante. Cette critique est donc un peu à part : pour commencer, elle s’inscrit dans la logique d’une série d’articles hors-sujet plus fréquents. Par le passé, je n’ai que rarement rédigé de chroniques qui ne soient pas directement liées aux comics ou aux zombies. Ces deux thèmes resteront le sujet majeur de ce blog, néanmoins il me paraît important d’apporter un peu de diversité. C’est également le premier texte dans lequel j’emploie la première personne du singulier. Habituellement, je favorise une approche plus contextuelle, mais la découverte de La Divine Comédie est une véritable expérience humaine, c’est pourquoi il me paraît indispensable d’apporter une implication plus personnelle à ce texte. Ainsi, c’est en 2009 que j’ai découvert les premières images de Dante’s Inferno, adaptation vidéoludique du premier volume de l’œuvre de Dante. Ce jeu raconte comme un croisé nommé Dante est descendu en enfer afin de sauver sa bien-aimé, condamnée à cause d’un pêché que lui-même a commis. C’est donc sous la forme d’un beat’em all inspiré de la saga God Of War que Visceral Games a adapté un poème épique. Cette sortie a réveillé mon intérêt, et j’ai décidé de faire l’acquisition d’une traduction intégrale de ce que Dante appelait sa comédie, le terme divine ayant été ajouté bien plus tard. Car il est important de savoir que la plupart des éditions françaises sont amputées de plusieurs passages afin de rendre le texte plus accessible. Si ce choix éditorial est compréhensible dans une certaine mesure, il n’a absolument aucun sens. La structure de chaque volume est étudiée avec une précision mathématique. Ce découpage a un sens symbolique très fort, qui n’existe plus si on charcute l’œuvre. C’est donc du côté de l’occasion que j’ai trouvé une édition datant de 1987, couronnée par l’académie française pour la qualité de ses commentaires.



Regroupant les 3 volumes, elle présente également des dessins de Gustave Doré illustrant le voyage de Dante et Virgile. Le traducteur commence par présenter le contexte de l’époque de Dante ainsi que la vie de l’auteur. Cette introduction permet de comprendre les idéologies politiques qui s’affrontaient ainsi que leur importance dans l’évolution spirituelle de Dante. Issu d’une famille modeste, Dante est par nature un guelfe blanc, c'est-à-dire un partisan de la papauté, mais dont l’origine sociale crée des distancions avec les guelfes noirs, représentant l’élite florentine. Mais malgré une vie politique importante, durant laquelle son appartenance aux guelfes blancs le contraindra notamment à l’exil, Dante prend une position plus précise. Il devient gibelin et défend ardemment l’existence d’un empereur unique souverain, et donc la séparation des pouvoirs. Cet élément a un véritable sens dans La Divine Comédie et explique certains choix narratifs. Mais surtout, le traducteur nous raconte la rencontre entre Dante et Béatrice, qui lui inspira l’écriture de La Vita Nova et plus tard La Divine Comédie. Après cette courte biographie, une présentation du premier volume, L’Enfer, permet d’en comprendre la structure et le sens des nombres qui la composent. La numérologie a en effet un sens très particulier qui ajoute encore en densité. Sans ces présentations, je ne pense pas que j’aurais eu la présence d’esprit de chercher le sens de ce découpage. Il serait de toutes manières présomptueux de croire qu’on peut comprendre l’intégralité d’une œuvre aussi complexe que La Divine Comédie. L’édition contient plusieurs centaines de pages de commentaires, et rapidement il devient pesant de passer d’une note de bas de page à la fin du livre. Bien sûr, il est indispensable de consulter ces notes pour comprendre les nombreuses références historiques et les allusions à des personnalités de l’époque. C’est en tout cas nécessaire quand on ne possède pas une culture encyclopédique. Mais en tant qu’adepte de la subjectivité et athéiste de l’objectivité, il me semble que la lecture d’un ouvrage est personnelle. En commençant La Divine Comédie,  j’ai eu la sensation d’être confronté à une invitation à la spiritualité. S’il y a une véritable approche didactique, l’ensemble n’est pas dogmatique et reste accessible même à un lecteur athée. Mais pour m’imprégner de cette spiritualité, il m’a fallu arrêter de lire les notes de bas de page renvoyant à la fin du livre pour un commentaire plus précis. J’ai eu besoin de me laisser porter par le texte, afin d’en saisir l’essence. Car avant d’être une réflexion théologique, la comédie de Dante est un poème. N’ayant pas de connaissances en italien, je ne peux me baser que sur la traduction en ma possession. Les phrases sont longues et leur construction ayant sans doute inspiré celle des répliques de maître Yoda n’en facilite pas la compréhension. Il faut parfois s’y reprendre à plusieurs fois pour saisir le sens d’un paragraphe. Mais malgré cette complexité, la magie des mots opère. Le texte de Dante provoque de l’émotion. Chacun des trois volumes est unique, mais il y a une véritable unité d’ensemble, une véritable évolution. Les échanges entre le poète Virgile, qui sert de guide à Dante, et ce dernier, sont un repère pour le lecteur. Les intentions de l’auteur sont alors plus perceptibles. Dans le dernier volume, Le Paradis, c’est Béatrice qui initie Dante à une forme de pensée supérieure.



Le schéma reste relativement similaire d’un volume à l’autre, mais c’est le ton qui change. L’Enfer baigne dans une atmosphère violente et presque glauque. Dante est perdu dans une forêt sombre et il fait nuit lorsqu’il franchit les portes du royaume de Lucifer. Son chemin est peuplé d’âmes torturées et cette traversée pourrait tourner au règlement de comptes. En effet, la connaissance relative de la vie de Dante permet de constater qu’il place en enfer des personnes de son entourage. Mais même si certains suppliciés étaient des adversaires politiques de l’auteur, il n’épargne pas non plus ses amis, et ces choix ont toujours une logique idéologique qui dépasse la vendetta. Dante défend ainsi sa conviction qu’il est indispensable de séparer les pouvoirs politiques et l’église. Mais au-delà de ce pamphlet politique, c’est la description des cercles et des tourments qui y sont infligés qui interpelle. A ce titre, le travail visuel du jeu Dante’s Inferno est époustouflant, et sans être identique à ce qu’on imagine à la lecture, il donne vie de façon convaincante à cet enfer cauchemardesque. Chaque ver dépeint une succession de cercles à l’ambiance étouffante (9 en tout) où tous les maux sont distingués et punis de façon unique. La descente et le rétrécissement conséquent des cercles donnent la sensation que la pensée se précise. Quand le duo franchit le pied de Lucifer, c’est une bouffée d’air et le début du purgatoire. Véritable récit de transition, ce volume s’inscrit dans une approche plus intellectuelle que l’enfer qu’on appréhende davantage en termes de sensations. Il est plus question d’apprendre en purgeant ses pêchés que d’être puni pour ses crimes. L’élévation spirituelle est ainsi au centre d’un propos qui se veut plus didactique. La poésie opère moins, mais l’invitation à la réflexion est plus évidente. Le côté moins imagé rend ces chants moins marquants. Quand Dante atteint le paradis et le lecteur le troisième volume, la poésie suprême reprend ses droits. Le discours lumineux éblouit par des images à la symbolique forte. L’amour charnel cède la place à un amour universel et une ouverture au monde renforcée. Les vers de ce volume restent complexes, mais leur lecture est une véritable source d’apaisement. L’articulation est vraiment harmonieuse.



La Divine Comédie est une œuvre dense, et on comprend aisément le sens de l’emploi actuel du mot « dantesque » à sa lecture. La somme de connaissances, la richesse des descriptions et la profondeur de la réflexion nécessiteraient des lectures répétées. Mais le plus important reste l’harmonie qui s’en dégage, surtout si on se laisse porter par la poésie. Dante parvient à transmettre un message dépassant la simple théologie et susceptible de toucher tout le monde. Il transcende le concept d’humanisme et invite à l’acceptation. La Divine Comédie est un ouvrage fondamental dont l’influence est évidente, et qui mérite qu’on s’y intéresse, et pas seulement pour son importance historique.