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samedi 19 février 2011

All Star Superman


Superman est l’un de ces personnages que tout le monde connaît. C’est aussi l’un des plus vieux super-héros existant, puisque ses premières aventures remontent à 1938, dans les pages de Action Comics 1, précédant d’un an celle de l’autre grande figure de Dc Comics, Batman. Pourtant, quand la maison d’édition décide de lancer la ligne All Star en 2005, c’est le chevalier noir qui sera le premier à en être le sujet. Censée revitaliser des icônes considérées comme un peu poussiéreuses, ce titre permet à des grands noms de l’industrie de développer des aventures en marges de la continuité, une liberté censée permettre une plus grande créativité. Frank Miller et Jim Lee n’ont pas réussi à convaincre avec leur nouvelle version de l’homme chauve-souris, à cause d’un scénario sans enjeux, de dialogues risibles, et surtout d’un rythme de parution qui fait penser à une mauvaise plaisanterie (à ce jour, il n’y a toujours pas de fin). Le travail de Grant Morrison et Frank Quitely, en plus d’être conclu, est largement reconnu, tant par le public que la critique, puisque la série s’est même vue attribuer d’innombrables prix. Entre autres deux Eisner Awards,  deux Harvey Hawards, et enfin 3 Eagle Awards.  Composé de 12 épisodes, le titre se trouve aujourd’hui dans des éditions de 6 épisodes. En France, les épisodes étaient publiés en librairie par deux, comme pour All Star Batman and Robin. Avec une telle réputation, et la qualité des derniers dessins animés produits par Dc, il n’était pas étonnant qu’on annonce une adaptation pour le petit écran, dont la sortie est programmée pour le 21 Février. L’occasion de se replonger dans ce récit et de s’attarder sur ses qualités et ses défauts. Si Frank Miller a tendance à s’accaparer un personnage pour imposer sa vision très particulière, Grant Morrison préfère mêler les différentes visions existantes afin de proposer un traitement dense, comme on a pu le voir dans son run sur Batman. Le projet All Star Superman s’inscrit largement dans cette optique. En effet, c’est au début des années 2000, en discutant avec des scénaristes comme Mark Millar ou Mark Waid que le scénariste a eu quelques idées afin de ramener le héros à son essence pure.

 

A ce titre, la couverture du premier épisode peut surprendre. On y voit un Superman assis sur un nuage au dessus de Metropolis, regardant sereinement le lecteur. Difficile en effet d’imaginer celui qui a débuté dans les pages de Action Comics se tourner les pouces quand il a tant à faire dans la métropole ! Le style de Quitely est très particulier et peut déplaire, mais il parvient incontestablement à transmettre des ambiances et des émotions. Et en l’occurrence, l’apaisement du héros est communicatif et semble naturel. Pourtant, le premier épisode est loin d’être aussi calme. La première page résume avec flamboyance ses origines, de la disparition de la planète Krypton à son recueil par Jonathan et Martha Kent. L’alchimie entre les dessins très expressifs de Quitely et l’écriture précise de Morrison est évidente, et le découpage du récit ne cesse d’impressionner. Il suffit d’admirer en pleine page le héros volant à proximité du soleil pour comprendre ce qui fait de lui un être extraordinaire. Ce n’est pas sa force surhumaine, ou sa vitesse. Superman est plus qu’un héros, c’est le symbole du bien, un être pur, dont l’abnégation peut sembler agaçante, en particulier à une époque où l’univers des comics se veut plus sombre et plus réaliste. Mais c’est justement ce décalage entre cet être presque divin, et une réalité sinistre, qui fait toute sa force. Bien sûr, ses exploits sont formidables, et Morrison illustre ce constat par l’accomplissement de douze miracles, rappelant d’ailleurs les douze travaux d’Hercule. Mais c’est sa volonté et ses principes inébranlables qui font de Superman le plus grand des super héros. Se préparant durant presque tout le récit à mourir, le héros n’abandonne jamais, et lutte jusqu’au bout pour ses convictions, et pour cette planète qu’il a appris à aimer. La narration peut paraître décousue dans un premier temps, car plutôt que de construire son récit sur la base d’un exploit par épisode, Morrison fait le choix de ne pas suivre une ligne directrice précise, et conte chaque chapitre comme s’il était indépendant, comme s’il était une histoire à part entière.




complexe. Et c’est bien l’intérêt : l’intrigue principale n’est jamais oubliée, mais elle ne laisse jamais le développement des personnages en retrait. Et tous bénéficient d’un traitement approfondi. Le scénariste manifeste une affection particulière pour les seconds rôles, qui ont un véritable sens et une véritable identité. Certains passages classiques font sourire, mais s’ils s’inscrivent dans une continuité de l’image du personnage, ils ne constituent pas une finalité. Ils servent d’accroche, ce qui permet de ne pas être décontenancé lorsque les protagonistes sont plus développés. Inévitablement, Lois Lane joue un rôle important, puisque sa relation avec Superman a toujours été l’un des fondements du personnage. A ce titre, sa réaction face à certaines révélations est intéressante, et bien plus qu’une simple amante, elle est l’un des symboles les plus forts de l’espoir que peut représenter le Kryptonien pour l’humanité. De même, Jimmy Olsen a toujours été un second rôle intéressant. L’héroïsme qu’il manifeste à plusieurs reprises prouve l’inspiration d’une figure presque divine comme Superman. Tout en étant drôle et en manifestant un égo très humain, le jeune journaliste fait preuve d’une loyauté vraiment touchante. Et si on attache si facilement à ces mesdames et messieurs tout le monde, ce n’est pas seulement parce qu’on les connaît bien, c’est aussi parce que la qualité de l’écriture et les dessins de Quitely en font des êtres attachants. L’artiste livre un travail remarquable, comme en témoigne certaines pages au découpage surprenant, mêlant images transversales qui chevauchent dessins en pleine page par exemple, ou esquisses au noir et blanc qui n’ont rien de gratuit, et développent certaines idées du récit. Et il faut avouer qu’elles sont nombreuses, sans qu’on n’ait jamais la sensation que Morrison livre un travail en contradiction avec l’essence du héros. Au contraire, on a souvent le sentiment de lire ce qui fait exactement de Superman un personnage unique. Deux scènes en particulier sont inoubliables, sans être trop longues ou trop insistantes. Le discours de Clark à Smallville est tout simplement impressionnant, car il provoque beaucoup d’émotion et s’impose comme le fondement définitif de Superman. Ce passage trouvera écho dans l’épisode 9, particulièrement pertinent, puisqu’il remet en perspective ce qu’aurait pu être le destin de la terre si l’homme d’acier avait été un colonisateur.


Dans The Return Of Bruce Wayne,  Morrison dressait un portrait extrêmement complexe et riche de Batman, basé sur toutes les visions existants depuis sa création, rappelant son essence, mais insistant également sur des aspects mois mis en valeur habituellement. Dans All Star superman, il accomplissait déjà un travail similaire, raison pour laquelle le titre devrait être lu par tous ceux qui pensent que le boy scout de Krypton n’est pas intéressant à cause de sa morale exacerbée et de son invulnérabilité. En effet, tout en évitant le piège d’en faire un être trop faible, systématiquement mis à mal par la magie ou la Kryptonite (des facilités scénaristiques souvent employées par des auteurs peu imaginatifs), le scénariste le rend encore plus invincible, tout en le confrontant à des obstacles tellement complexes que le héros doit faire appel à l’ensemble de ses ressources pour triompher. Car comme il ne cesse de le répéter : « il y a toujours une solution ». Et cette bouffée d’optimisme berce l’ensemble du récit, sans paraître trop utopiste ou naïve. La plus grande force de superman, c’est de faire croire à son message, c’est d’inspirer, de pousser à se dépasser, pas parce qu’il dit de le faire, mais parce que lui-même est convaincu. Parce que lui-même, et ce dans les conditions les plus extrêmes, se dépasse, afin de trouver la solution. La scène dans laquelle Lex Luthor comprend réellement la façon dont le héros voit le monde est tout simplement extraordinaire, car elle met en exergue toute l’innocence de cet être qui pourrait facilement imposer sa loi, s’il ne s’imposait pas lui-même des règles. Et ses règles constituent la solution qu’il a choisir pour préserver son héritage. Pour préserver l’esprit de ceux qui l’ont recueilli, ceux qui l’ont sauvé. Le parallèle entre ce que lui ont transmis ses parents Kryptoniens et ses parents terriens est aussi touchant que pertinent, et c’est l’addition de toutes ces composantes qui en font un être bien plus complexe et intéressant que le simple boy scout qu’on nous présente parfois. Il était important que ce soit Lex Luthor qui permette de comprendre ces éléments, puisqu’il est la némésis parfaite du personnage. Leur relation complexe est développée de façon passionnante, sans être trop prégnante.
 

Mais pour illustrer son propos, le scénariste ne se contente pas d’utiliser des têtes connues. En parlant des Superman du futur, présentés dans l’épisode 2, Morrison peut développer les thèmes métaphysiques qui lui sont chers. Le voyage dans le temps, ses implications, ses lois, sont employés ici avec pertinence. Car l’auteur ne se perd pas dans des délires de science fiction gratuit et emploie ces éléments scénaristiques comme des outils s’inscrivant naturellement dans le développement de ses thématiques et de ses personnages. Alors que le récit aurait pu être une étude sur l’inéluctabilité d’événements futurs, Morrison s’appuie sur ce qui pourraient être des prophéties pour illustrer le moral d’acier de l’homme de Krypton, prêt à se battre contre les éléments, les événements, et à accomplir des miracles jusqu’à son dernier souffle. Et avec de tels thèmes, la conclusion se devait d’être inoubliable. Le dernier épisode remplit largement ce pari, et se révèle tout simplement épique, achevant de faire du Superman de All Star Superman un être aussi pur et exceptionnel qu’humain et attachant. Lorsque le mot fin est lisible, on à la fois heureux, triste, et empli d’espoir. Mais surtout on est confiant dans l’avenir, on a envie de croire à l’impossible, et on a envie, comme le héros de se dépasser.
All star Superman est considéré comme certains comme l’histoire définitive du héros, bien qu’elle se situe en marge de la continuité. Chacun y trouvera sa réponse, mais il est évident qu’il s’agit d’un récit important, à découvrir !

mardi 18 janvier 2011

Spider-man - Frères ennemis

Quand un personnage de bande dessinée existe depuis plusieurs décennies, il est inévitable que certaines de ses aventures soient qualifiées de médiocres, voire de mauvaise, et ce indépendamment de la popularité dont bénéficie le héros. Récemment, Andy Diggle a eu à cœur d’offrir à Daredevil un run et un crossover des plus discutables, après plusieurs années d’épisodes très réussis. Spider-man, véritable mascotte de l’univers Marvel, a quant à lui eu droit à des récits très mauvais et à des coups de théâtre risibles à de nombreuses reprises au cours de la dernière décennie. Mais s’il y a bien une période de la vie du tisseur qu’on peut qualifier de controversée, c’est bien celle qu’on désigne comme « la saga du clone ». Tout a commencé en 1965, avec l’apparition du professeur Miles Warren, professeur de Peter Parker et Gwen Stacy. Amoureux de la jeune femme, le professeur jurera de se venger de Spider-Man, qu’il juge responsable de la mort de la belle blonde. Il crée donc l’identité du chacal, arborant un costume vert et multipliant les machinations destinées à piéger le héros. Mais c’est en ayant accès à des recherches sur le clonage qu’il va mettre au point son plan le plus diabolique. Après avoir mis au monde plusieurs clones ratés de Peter Parker, le Chacal va se trouver face à une copie parfaite, et va s’arranger pour que les deux hommes araignées s’affrontent. Au terme du duel, tout le monde pense le clone décédé. Jusqu’à ce que des années plus tard, toute une série de clone, en particulier le clone parfait qu’on pensait mort, ne revienne bouleverser la vie du héros…

A l’époque de la publication de frères ennemis, le doute sur l’identité du Peter Parker original plane encore largement, le Chacal multipliant mensonges et manipulations. Le récit se déroule 2 ans avant la saga du clone. On pourrait d’ailleurs presque l’appeler « Scarlet Spider Year One », tant il peut être considéré comme fondateur de la personnalité de celui qui se fait appeler Ben Reilly. Un nom choisi en hommage à ceux qui l’ont élevé, Ben et May Parker, Reilly étant le nom de jeune fille de cette dernière.



Comme dans « Batman Year One » de Frank Miller, l’intrigue est narrée en parallèle par le héros et un membre incorruptible des forces de l’ordre, confrontés à une corruption violente. On trouvera d’autres similitudes, l’ambiance étant proche, Mais J.M Dematteis parvient à éviter le plagiat. Pour commencer, les protagonistes narrent leurs péripéties au passé, avec une certaine nostalgie d’ailleurs. On a donc conscience très tôt que les périls qu’ils courent ne seront pas insurmontables. En tout cas pas pour eux. Mais surtout, leur rencontre, dont le déroulement aurait pu être simple, va être perturbée par l’intrusion d’un troisième narrateur, la pièce qu’on n’attendait pas, la Némésis ultime, le double malveillant : Kaine. Prototype plus ancien de clone, il possède également l’adn, et donc les pouvoirs de Peter Parker. Mais il souffre d’une dégénérescence accélérée, qui lui cause des crises de douleur atroces et remplit son corps et son visage de cicatrices. De tous les protagonistes de la saga du clone, Kaine est l’un des plus troubles, et l’un des plus intéressants. Le tumulte d’émotions qui rend son quotidien si difficile le rend imprévisible, mais permet aussi de s’attacher à lui. On est loin de l’antagoniste manichéen dont les motivations se résumeraient à piller des banques et dominer le monde. On ne peut pas non plus limiter sa quête à une simple vengeance. Kaine n’est ni un Peter Parker 3, ni un fou criminel. Bien que ne correspondant pas au statut de héros, ni même véritablement d’anti-héros, il lui arrive de se comporter héroïquement, et il manifeste un véritable sens moral, bien que ses actes puissent être immoraux. Dans « Frères ennemis », sa haine pour Ben Reilly est compréhensible, la rage qu’il ressent face à l’empathie d’un être qui lui est en tout point supérieur (pas de troubles physiques, pas de crises de douleurs, un sens du devoir et un héroïsme admirables) serait presque légitime.

Le vrai sujet de « Frères Ennemis » n’est pas le combat de quelques personnes contre un système gangréné par la violence, l’horreur, la peur et la corruption. Ces thèmes ne constituent que le décor d’une quête d’identité. Comment exister quand on est le clone d’un héros ? Comment être soi quand on vit avec les souvenirs d’un autre ? Comment accepter d’être une copie raté et de voir réussir les autres ? Comment être un flic intègre quand il y a plus de déboires que de compensations à être honnête ? L’histoire de ces 3 hommes est touchante, parce qu’elle est crédible. On ne peut pas parler de réalisme quand on admire les exploits d’homme capables de bondir de toits en toits, d’escalader des murs ou de soulever des voitures. On peut par contre être immergé dans leur vie, dans leurs tourments, qui malgré le caractère fantaisiste de l’univers dans lequel ils évoluent sont universels. Qui n’a pas connu la frustration d’être le second, de ne pas savoir comment se construire, de voir ses convictions les plus profondes remises en question par des événements injustes ? Et c’est bien là la force de Dematteis, qui rend les situations vraies. Il trouve d’ailleurs un complice excellent en la personne de John Romita Jr. Habitué à mettre en dessins les aventures de l’homme araignée (tradition qui se transmet de père en fils chez les Romita), l’artiste était à l’époque dans la phase la plus intéressante de son travail. Son style a beaucoup évolué au fil des ans, mais on peut trouver son travail actuel trop cartoon, les visages étant par exemple beaucoup moins détaillés. Dans les années 90, Romita Jr dessinait des carrures parfois excessives à ses héros, mais leur donnait un visage bien plus humain, fourmillant de détails qui exprimaient la peur, la tristesse ou la joie avec une efficacité déconcertante. Dans « Frères Ennemis », il nous montre des êtres humains en proie à leurs démons, et livre quelques pages fantastiques, mise en valeurs avec éclat par des couleurs qui ont très bien vieilli, ce qui n’est pas toujours le cas. L’atmosphère sombre, la nostalgie et la douleur se marie au gré de dessins marquants, comme cette scène où la main d’en enfant se pose contre une vitre tachée par la pluie, sur laquelle repose la main d’un adulte désespéré. On pense également au flashback très violent d’un meurtre, où en une page, l’horreur d’une pathologie explose au visage du lecteur sans qu’il soit nécessaire d’ajouter un discours de 10 pages. La narration de Dematteis s’accorde en effet très bien au travail de Romita Jr, ce qui fait qu’en 88 pages, on assiste à un récit simple, mais prenant et touchant.



 Mais même si on imagine tout à fait la chanson de James Brown « A Men’s world » en fond de lecture, les femmes ont une place considérable dans le récit et permettent de remettre en perspective les motivations et les destins de chacun. Deux personnages féminins très distincts, qui illustrent à merveille les différences entre Ben Reilly et Kaine, deux caractères très différents, mais qui auront un impact aussi fort sur chaque personnage. « Frères ennemis » est un récit choral, qui accorde une place privilégiée à chacun de ses protagonistes, et c’est ce souci des personnages qui en fait un récit à lire. Pourtant, l’équipe n’oublie jamais qu’il s’agit d’un comic book, et l’action reste très présente. Le parti-pris est d’ailleurs de conserver un ton crédible et violent, qui tranche radicalement avec l’ambiance généralement familiale des aventures de l’homme araignée. La saga du clone reste globalement empreinte d’un ton plus sombre qu’à l’accoutumée, et d’une violence plus prononcée, mais même en tenant compte de cette atmosphère, « Frères Ennemis » reste d’une maturité surprenante. Les affrontements sont brutaux et très graphiques, le sang étant représenté comme une sorte de bouillie rougeâtre du plus bel effet. Les adversaires se frappent en plein visage, et essaient réellement de se blesser. Lorsque Kaine et Ben se battent, on sent une telle explosion de rage, que toute la complexité de leur relation peut se résumer à leur dernière rencontre dans le récit.

On peut estimer que « Frères Ennemis » n’est pas un arc indispensable de la saga du clone, pourtant, il apporte un éclairage passionnant à des personnages très intéressants. On ne peut pas nier que la saga controversée est riche en défauts. Mais elle avait le mérite de tenter de construire une histoire cohérente, en bouleversant le statu quo par un coup de théâtre bien amené. Les scènes fortes et très bien écrites y étaient nombreuses (l’une d’elle incluant un passage de « Peter Pan » est d’ailleurs réellement poignante), les nouveaux arrivants bénéficiaient d’une réelle personnalité, et la menace était impliquante. Le plus grand défaut de cette saga, c’est de ne pas être aller au bout de son concept, en se cachant derrière le retour risible d’un adversaire qu’on croyait mort.

 


jeudi 23 décembre 2010

Daredevil - Director's Cut

En 2003, le genre du film de super-héros est en plein boom, et c’est Marvel qui mène la danse grâce à ses adaptations de Spider-man, et des X-men. Les deux franchises ont employé les services de professionnels du cinéma de Hong Kong afin de chorégraphier des combats percutants, mais c’est avant tout le sérieux des réalisateurs qui a permis à ces films d’obtenir une légitimité auprès du grand public, attirant dans les salles obscures bien plus de monde que le simple groupe des lecteurs de comics. Créé en 1964 par Stan Lee, Daredevil est un héros qui ne connaît pas la même renommée internationale que l’homme araignée où l’équipe de mutant, ni même celle du géant vert Hulk. Et si la bande dessinée n’a pas connu la constance en termes de ventes de titres plus connus, le personnage reste très apprécié. Rédigé à l’origine comme un homme sans peur, dont la seule crainte est de ne pas gagner le cœur de sa belle, le diable en collants va connaître une seconde jeunesse dans les années 80, sous la plume de Frank Miller. D’abord dessinateur, c’est en devenant scénariste sur la série que Miller va se faire un nom, et permettre à Daredevil de rentrer dans la cour des grands. Grand amateur du cinéma asiatique, l’auteur va insuffler un découpage cinématographique à ses histoires, instillant une véritable atmosphère de film noir. Le fameux quartier de Hell’s Kitchen, dont le véritable nom est Clinton, va prendre vie sous sa plume, avec ses ruelles sombres et ses bars repaires à gangsters (le fameux bar de Josie, qui apparaît d’ailleurs dans le film). Il aura fallu attendre presque 40 ans pour que les aventures de l’avocat justicier soient portées à l’écran, mais ce n’est pas sa première apparition dans un film, puisqu’en 1989 Rex Smith l’incarnait déjà dans le téléfilm Le Procès De L’Incroyable Hulk. Pour cette première aventure cinématographique qui voit Daredevil œuvrer en tant que héros principal, il est important de se procurer la version du réalisateur, qui donne une autre ampleur au récit. La version cinéma n’est qu’un brouillon sans âme, sans vision, et sans cohérence narrative alors que le montage original, sans être inoubliable, est loin d’être dénué de qualités.

Le succès des récits de Kevin Smith ou Brian M. Bendis pouvaient laisser supposer qu’ils serviraient de base à cette adaptation, mais ce sont finalement les écrits de Frank Miller qui seront davantage utilisés pour introduire le personnage. Certaines, largement édulcorées, seront même directement reprises de l’épisode culte 182 du comics, qui voit les personnages d’Elektra et Bullseye, respectivement ennemie amante et pire ennemi du héros, s’affronter à mort. Il s'agit cependant d'une réelle adaptation, dans le sens où le réalisateur a réécrit le scénario, en essayant de garder les éléments importants de la bande dessinée, pour créer une autre histoire en quelque sorte, tout en essayant de rester fidèle à l'esprit original (du moins l'esprit de Daredevil période Miller). Ainsi, les circonstances de la rencontre de Matt et Elektra vont prendre une toute autre tournure et ne se déroulent pas à la fac, puisque Matt est déjà avocat. Ce parti-pris pourrait se justifier s’il n’était pas à la base de la scène la plus navrante du film qu’on retrouve malheureusement même dans le director’s cut. De même les circonstances de la mort du père d'Elektra sont tout à fait différentes. Malgré ces divergences, les relations sont assez respectueuses de celles instaurées dans le comic, et certaines scènes parviennent réellement à recréer l'ambiance (l'enterrement entre autres, réussit à être très proche, tant en terme d’ambiance que visuellement, de ce qu’on pouvait lire à l’époque...). Certains passages forts sont gardés, les éléments principaux sont respectés, donc le réalisateur parvient à conserver l'esprit de la bande dessinée en essayant de développer une vision personnelle. Malheureusement, le scénario n’est pas toujours respectueux de l’essence du personnage, comme on peut le constater lorsqu’il exécute un malfrat. Si Batman tuait à ses débuts, ça n’a jamais été le cas de Daredevil. On peut tout au plus imputer une mort plus ou moins accidentelle au héros à la fin des années 70, mais il n’a jamais tuer de sang froid et exècre le meurtre.




On peut voir dans ce choix scénaristique douteux la volonté de montrer le cheminement psychologique qui a fait du héros ce qu'il est. On retrouve en ce sens la démarche de Frank Miller pour Batman Year One, sauf que dans cette bande dessinée, le héros n'en arrivait pas à tuer pour comprendre qu'il ne devait pas franchir la ligne. On regrettera aussi certains choix de casting regrettables: Colin Farrell est risible en Bullseye, et n'a rien à voir avec le personnage. Jennifer Garner, pure californienne, n'a non seulement pas le physique d'une guerrière Grecque, mais ne parvient à faire passer ni la rage, ni la puissance d'un personnage aussi édulcoré qu’insipide. Quant à Ben Affleck, il livre une prestation sans éclat, sans passion, et sans conviction. Ce sont finalement les seconds rôles les moins développés qui parviennent le mieux à convaincre. Ainsi, John Favreau donne vie à Foggy Nelson, lui insufflant bonhommie et jovialité, alors que le personnage reste peu écrit. Il y a néanmoins une véritable alchimie entre lui et le héros, notamment lors d’une scène de procès amusante. Michael Clarke Duncan se révèle quant à lui impressionnant dans le rôle du caïd du crime, on regrettera juste qu’il ne soit pas plus machiavélique. Le fait de mêler son destin à celui d’un tout jeune Matt Murdock ressemble à un hommage au Batman de Tim Burton, et n’apporte finalement pas grand-chose à l’intrigue. Reste que cette version du chef de la pègre s'inscrit intelligemment dans la dynamique du personnage, l'apport des origines du Bronx collant tout à fait à l'esprit du personnage. Et Duncan se révèle à la hauteur du charisme animal du caïd. La référence à Tim Burton n’est sans doute pas anodine, car Daredevil est un film à hommage. Les clins d'œil aux différents auteurs de la bd sont bien trouvés (Quesada, Romita....mais on retiendra surtout une apparition éclaire de Frank Miller en personne, en plus du traditionnel caméo de Stan Lee), et l'ambiance sombre de l'ensemble est assez représentative du personnage. Bien sûr, quand on sait que Christopher Nolan devait réaliser ce film avec Guy Pearce dans le rôle titre, on ne peut qu'émettre certains regrets. Mais cette version director's cut, si elle ne joue absolument pas dans la même cour que les Batman de Christopher Nolan, est loin d’être aussi ratée que pourrait le laisser penser la version cinéma. On appréciera particulièrement le procès, qui manque à la version cinéma, et donne enfin une cohérence à l’histoire, tout en la rendant nettement plus intéressante. La place accordée aux personnages secondaires est également l'une des bonnes surprises, et l'un des défauts corrigés par rapport à la version cinéma. Elektra a une place beaucoup moins importante, l'intrigue se révélant prioritaire sur la romance dans cette version, ce qui paraît plus cohérent, tout en étant moins grand public. A ce titre, le réalisateur parvient à éviter le cliché présent dans la version cinéma et allant à l’encontre des règles du héros : cette fois il privilégie son devoir à l’amour, et les fans sont rassurés. L’histoire ne devient pas inoubliable, et les personnages n’ont pas une psychologie inouï, mais le résultat est bien plus réussi.



Et même avec ces 30 minutes supplémentaires, le film est assez rythmé. Les scènes d'action sont assez inégales, certaines sont de bon niveau, d'autres moins, et on peut parfois regretter l'utilisation d'images de synthèse, mais elles sont plutôt divertissantes dans l'ensemble. Il faut savoir que les chorégraphies sont réparties entre Yuen Cheung Yan, pour les duels, et Jeff Imada pour les affrontements de groupe et le final contre le caïd. De même, les combats sont dans le style de ce qui se fait à Hong Kong, non pas par effet de mode uniquement, mais parce que dès le début des années 80, Miller introduit les arts martiaux (par le biais d'Elektra et d'une secte de ninja nommée "la main" qu'on ne voit pas dans le film). Ainsi, dès cette période, les scènes d'action du comics mettent en avant les arts martiaux et les acrobaties, ce qui explique en partie les chorégraphies. De façon surprenante, les combats chorégraphiés par Yuen Cheung Yan sont les moins réussis. Toutefois, pour réellement juger de son travail, il est important de regarder le making off qui présente le résultat d’origine, joué par des cascadeurs de Hong Kong, et le rendu final, interprété mollement par Affleck et Garner. Le duel dans l’église entre le héros et Bullseye est également décevant, notamment à cause de son utilisation abusive des effets spéciaux. Si ce choix parait légitime pour les acrobaties d’un spider-man, le côté plus combat de rue des aventures de Daredevil le justifie moins. Finalement, Jeff Imada, dans une approche plus réaliste, livre un travail qui n’est pas inoubliable, mais dont la brutalité est plus percutante. D’autant plus que de nombreux plans, très brutaux, sont ajoutés dans cette version et procurent une dynamique qui manquait à certains combats. Le combat dans le bar est par exemple plutôt jouissif, mêlant la violence d’un passage à tabac et le spectaculaire d’un pur combat de comic. Mais l'affrontement Daredevil/Caïd reste plus percutant. Beaucoup plus long et violent dans cette version, on a enfin droit à un final digne de ce nom, dans lequel les antagonistes s’attaquent à coups de têtes, de directs en pleine mâchoire… Ces deux combats restent les plus jouissifs du film et laissent une bonne impression, alors que les autres paraissent trop chorégraphiés. La réalisation, si elle se révèle parfois approximative dans certaines scènes d'action, reste assez dynamique, avec quelques beaux cadrages et effets de lumière. On sent une volonté de créer un univers à mi-chemin entre le réalisme urbain et des couleurs très travaillées dans un style purement comics.


Daredevil n’est pas un grand film, mais si on se base sur sa version director’s cut, il est loin d’être le gâchis tant décrié. Un divertissement honorable mais plutôt anecdotique en somme.

lundi 28 juin 2010

Daredevil - Fall From Grace

Chronique nostalgique aujourd’hui, puisqu’il s’agit de l’histoire qui me fit découvrir le justicier au costume de diable. Publié à l’époque dans la collection RCM (Récit Complet Marvel) « Fall From Grace » a pourtant été publié en France en deux volumes. Ecrit par le controversé Dan Chichester, et dessiné par Scott Mcdaniel (célèbre pour ses illustrations sur la série « Nightwing »), le récit suit les déboires d’un Daredevil attaqué sur tous les fronts.


Il est question d’un complot gouvernemental, basé sur une équipe de télépathes, un produit qui peut donner à celui qui l’utilise la caractéristique de son choix, ainsi que du cyborg John Garrett (croisé dans « Elektra Assassins » de Frank Miller et Bill Sienkienwicz) et un double vaudou.

A ce postulat déjà compliqué s’ajoutent quelques guest stars qui ne font pas avancer l’intrigue mais assurent la partie action pour un rythme tout simplement hallucinant. La Main, Venom, Morbius, Stone, Silver Sable, mais aussi Elektra, revenue d’entre les morts et purifiée, vont donner du film à retordre au héros. Mais si la menace physique est omniprésente, c’est une autre attaque qui va bouleverser le statu-quo.

Si ce changement sera moins définitif que celui apporté par Bendis, il marque le début d’une ère d’errance pour le héros. D’ailleurs, il semble que depuis « Born Again », le destin de Daredevil n’est qu’une succession de coups bas, de crises de nerfs et de regains d’énergie pour mieux tomber la fois suivante.

C’est l’apparition d’une journaliste à la dent longue qui va faire s’écrouler l’univers du héros. En piratant les fichiers de Ben Urich, le journaliste qui a découvert la véritable identité de Daredevil, elle va créer un mini-buzz. Mini, car la crise est finalement infime et peine à justifier le choix final du héros.

L’histoire est, de toutes façons, globalement brouillonne, et peine à imposer de vrais enjeux. Pourtant, l’ennui n’est jamais au rendez-vous grâce aux scènes d’action qui s’enchaînent presqu’en continu. « Fall From Grace » marque également la création du costume gris du héros, qui rend les affrontements plus réalistes, même si le rendu visuel est moins impressionnant et moins symbolique.


Le retour d’Elektra, autre événement important, est peu crédible, et n’apporte rien de plus à l’intrigue. Mais ce qui caractérise « Fall From Grace », c’est son ambiance ténébreuse, parfaitement illustrée par Scott Mcdaniel. Le double vaudou apporte un côté exotique et malsain fort réussi, même si on ne comprend pas non plus son intérêt dans une histoire déjà surpeuplée, jusqu’au climax où sa présence prend plus de sens.

« Fall From Grace » n’est pas un exemple de maîtrise de l’écriture, le récit est peu cohérent et ressemble plus à une succession de scènes qu’à une intrigue construite. Pourtant, l’ensemble possède un je ne sais quoi qui rend la lecture marquante.